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 Kill me, Heal me ••• Ft Haku

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Suoh Yukihiro» I ❤ Nishinaka
Avatar : Jeon Jungkook - Crédit à Miki
Pseudo : Eden
Date de naissance : 02/12/1997
Age : 19
That's what i do there : Pot de fleur & Petit doudou à plein temps de son Haku
What about love ? : Un gentil con du nom d'Haku (<- le plus beau de la terre que j'aime et que j'adule de tout mon être)
Messages : 108

Jeu 7 Jan - 1:40
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You’re hidden in a place where I can’t see you

Je n’aurais jamais cru que la ville puisse être aussi vivante la nuit. Même dans le noir, elle rugit, elle scintille, elle avance. Je ne sors que très rarement le soir, au delà de vingt heures du moins. La première raison c’est que je n’ai rien à y faire. N’étant pas majeur ni accompagné, la plupart des activités nocturnes ne me sont pas destinées. La seconde est que je n’aime pas ça. Les ombres allongées par les lampadaires me semblent soudain plus inquiétantes, plus oppressante. La nuit j’avance plus vite, ma capuche rabattue sur mes cheveux de jais. Je regarde par terre, mes pieds qui foulent le goudron sans savoir où aller, tantôt guider par le petit blanc gribouiller à la hâte sur un bout de page arrachée d’un magasine au contenu douteux, éclairé à la seule lueur intermittente de la ville. Je sais pas où je vais, c’est juste une croix entre deux traits parallèles, avec des noms de rues que je n’arrive pas à lire, une petite marque pour représenter le KFC du coin, et c’est tout.

Je ne suis pas sorti de chez moi depuis plusieurs jours. Après mon anniversaire, j’ai appelé le patron pour lui annoncer que je ne viendrais pas ce jour-là, et peut-être les suivants. Gastro, vous comprenez. C’était faux en un sens, mais j’avais une telle nausée que j’aurais pu facilement vomir si j’avais eu quelque chose à rendre. Ce n’est jamais parti. J’ai posé ma démission la semaine suivante par mail. J’ai attendu un mois. En comptant les jours. Les cinq ou sept premiers, j’ai été patient. Nauséeux mais patient. J’ai cru qu’il reviendrait. Ça ne me semblait pas bizarre de ne pas le voir, après tout, il arrivait qu’il disparaisse une semaine avant de reparaitre sans prévenir. Il n’est pas revenu, et ces putains d’horreurs que je lui ai balancé à la figure tournaient en boucle dans ma tête. J’avais qu’une obsession, m’excuser, et pour ça il devait revenir. La deuxième semaine, j’ai compris qu’il avait définitivement claqué la porte. Je suis sorti rapidement acheté quelques vivres au konbini, en scrutant chaque face comme pour le reconnaître. J’ai voulu acheter une bouteille d’alcool pour lui, comme si ça pouvait l’attirer, mais le vendeur a dit que c’était bien essayé, mais qu’il fallait encore attendre trois ans. Trois ans sans voir Haku ça m’a semblé trop long, alors j’ai dit non merci et je suis parti. La troisième semaine, j’ai beaucoup pensé à Ren, et j’ai soudain pris la mesure du poids de sa mort sur mes épaules. Ce même poids qui jusque là était soutenu par un autre, un fameux drogué que j’ai fait sortir de ma vie en l’insultant. Mes parents m’ont appelés pour Noël, par visioconférence. Ma mère a dit que j’étais pâle, que mes cheveux avaient poussé. Ils sont devant mes yeux maintenant, ça me donne l’air perdu, comme si je ne voyais pas à travers. Elle m’a dit de les couper, j’ai promis, mais je ne l’ai pas fait.

Le dernier soir de l’année, j’ai enfin réalisé que je ne pouvais pas tolérer de perdre Haku comme j’avais perdu Ren. J’ai réalisé devant l’ampleur de mon chagrin et de ma honte, l’ampleur équivalente de la nécessité de l’avoir près de moi. Et qu’importe qu’il aime Nami, qu’importe s’il n’est au final que mon grand-frère, mon meilleur pote, je veux juste qu’il soit avec moi, avoir quelqu’un pour qui m’inquiéter et qui s’inquiète pour moi. J’ai été con et naïf, trop hâtif, trop amoureux d’un seul coup, je l’ai bouffé tout cru sans prendre en compte ses propres états d’âmes. Je m’en veux tellement fort que je pourrais en crever. Je comprend pas comment j’ai pu m’énerver à ce point, lui parler comme ça, lui dire ces choses, comme si je n’avais que pour but de le blesser. Moi qui m’étais juré de soigner ses souffrances, je n’ai fait que rouvrir des plaies. Je veux m’excuser. Je veux voir Haku une dernière fois. Ça me semble insupportable de vivre avec ça, de ne pas lui dire que je suis désolé. J’espère presque qu’il va me casser la gueule en retour, parce que de toute façon je ne vois même pas comment il pourrait me pardonner. Je me sentirais peut-être mieux avec le nez démonté et la gueule contre le trottoir.

Alors je suis sorti, encapuchonné, et j’ai déambulé au hasard dans les sales quartiers de la ville, ceux que je ne visite presque jamais, et surtout pas de nuit. J’ai exploré les ruelles, évités des gens qui s’enivrent le soir du nouvel an. J’ai marché longtemps, même si je ne sais plus vraiment depuis quand. J’ai froid, vraiment froid. Il neige un peu, ça recouvre le sol d’une pellicule blanche, ça illumine un peu la nuit. Et moi je ne suis vêtu que d’un bête sweat à capuche et un t-shirt. Un petit nuage de vapeur s’élève à chacune de mes expirations. A force de marcher au hasard, j’ai fini par croiser des types qui on retenus mon attention. Ils minaudaient discrètement à l’écart dans une petite rue un peu sombre, roulant quelques fragments végétaux dans du papier. La fragrance entêtante du cannabis, qui embaume parfois les cheveux de Haku, m’a pris à la gorge. Quand je me suis approché, ils ont eu l’air furieux, effrayé, ils m’ont pris pour un flic, un sale gosse qui se mêle de tout. J’ai naïvement posé ma question.

« Vous connaissez Haku ? »

Ils se sont regardés, hésitant, puis l’un deux à finis par déchirer le magasine qu’il avait glissé sous sa ceinture. Il a dessiné au marqueur un petit plan, en m’expliquant que souvent, c’est là qu’il était, et que maintenant j’avais intérêt à me casser rapidement. J’ai dit merci, et j’ai filé. Ils étaient vraiment bizarres. Le genre de mecs qui ressemblent à Haku quelque part, et qui sentent comme lui. Le danger, la cigarette, l’alcool. D’un autre côté, Haku est bien mieux qu’eux, bien plus beau et un petit peu sensible, je le sais. Il a pas choisi d’être là.

Le boulevard s’étend loin devant moi, dardé des lumières jaunes des réverbères. J’ai l’impression de ne rien y voir, de ne rien sentir d’autre que le bout de mes doigts gelés enroulés autour de la lanière de mon sac. Je suis fatigué, si fatigué, et mes yeux brûlés par le froid sont remplis de larmes toutes prêtes à couler, à tracer des sentiers ardents sur mes joues rougies. Dire que je n’ai même pas une photo de Haku, un truc pour me consoler, regarder son visage, ses yeux sombres derrière ses cheveux blonds. J’ai envie de le retrouver maintenant, de faire un bond un mois en arrière, de rectifier mes conneries. Glisser à nouveau mes mains parmi ses mèches, retrouver la chaleur englobant de sa paume. La peau de Haku me manque, sa voix aussi, ces mots si rares et si précieux qui sortent parfois d’entre ses lèvres. J’ai besoin de lui putain, je pourrais hurler, crier son nom, le supplier de me revenir, de me pardonner, chialer là, au milieu du trottoir, en espérant faire pitié. Faire pitié à qui ? A Dieu ? Quel dieu. Je veux courir, je veux rentrer, j’ai peur, j’ai hâte, de recroiser ses pupilles froides et le tranchant de ses vérités. Celles qu’il se plait à dire tout haut sans jamais les embellir. J’ai envie d’effacer mes mots à moi, comme s’il ne s’agissait que de craie, de les virer de sa mémoire, et d’aller dire pardon à Nami aussi. Je me sens tellement con, c’est presque peu dire, mais au final j’ai tout mérité.


Le KFC il est là. Ça sent la friture depuis le trottoir, et les hottes crachent un large débit de fumée odorante. Je remonte une rue perpendiculaire plus étroite, jusqu’à une petite embouchure entre deux bâtiments. C’est sombre, seul un spot faiblard éclaire la scène. Je me plaque contre le mur, inspirant un grand coup, n’osant pas jeter un œil dans l’étroit passage. Un instant, je reste immobile, le souffle bloqué, observant la neige qui fuit les phares des voitures. J’ai vraiment froid, je tremble. Peut-être que c’est juste de la peur. Lentement, de ma main glacée, je replace ma capuche sur mes cheveux ébène, resserrant ma poigne autour du sac, et j’attends. J’écoute, le bruit qui provient de là. Des chuchotements résonnent entre les parois étroites. Je crains d’entendre la voix de Haku tout à coup. S’il est là, qu’est ce que je vais faire ? S’il ne veut pas me voir, s’il me repousse ? Je préfère qu’il me casse la gueule, ça constitue une forme d’intérêt en soit. Je voudrais au moins qu’il me laisse m’excuser, lui parler. La vérité c’est que je suis terrifié. J’ai peur de la seule personne avec qui j’étais heureux jusqu’à présent. La seule personne outre Ren en présence de qui je m’autorisais à me conduire comme le crétin que je suis réellement. On voit où ça a mené. J’ai été un con jusqu’au bout. Les gens ne devraient pas me mettre à l’aise, je prends beaucoup trop de place, je fais beaucoup trop de mal. Haku avait tord, le poison c’est moi. C’est lui qui aurait du me fuir. Il m’a fuit. Il a eu raison. Est-ce que je dois vraiment essayer de le retrouver ? Je ne suis même plus sûr de ça, ce n’est pas raisonnable. Ce n’est pas souhaitable. Si je tiens à lui, je devrais peut-être renoncer à lui, reprendre ma vie tout seul, apprendre à exister sans personne. Pourquoi je suis dépendant ? Je ne veux plus avoir besoin de quelqu’un que j’étouffe en retour. Je ne veux pas entrer dans cette ruelle et imposer à Haku d’avoir mal à nouveau. Alors qu’est-ce qui m’attire dans cette obscurité pestilentielle. Je devrais la fouiller, de fond en comble et à l’aveugle jusqu’à poser mes mains sur des joues chaudes et douce, que je reconnaitrais assurément. Je lui soufflerais que je m’excuse, et alors je pourrais partir et retourner à ma vie de misère. Le laisser à sa vie de misère. C’est mon égoïsme qui me le dicte. Je respire une dernière fois, rassemble les miettes de mon courage et me glisse dans la ruelle en tremblant comme un gamin effrayé d’avancer dans le noir.

Y a du monde ici. Pas mal de types, mais des filles aussi. Ils sont tous assis pelles-mêles au sol, recroquevillé sur eux-mêmes, une bouteille, un joint, une cigarette à la main. Je sens leur regard sur moi au premier par dans leur antre. Leurs petits yeux déjà fâchés qui détail le jeunot même pas majeur qui vient soudain de s’infiltrer dans leur monde. Mes pupilles filent à une vitesse folle, d’un visage à un autre, cherchant à discerner une figure blanche et familière dans l’ombre de cet endroit étranger. Bientôt, certain se lève. On m’interpelle, on me demande ce que je fous ici. Ce n’est pas un endroit pour les gamins, je devrais être couché à cette heure. Je veux ouvrir la bouche, leur dire que je cherche Haku, leur demander s’il est là, mais je sens que si je prononce son nom, mes larmes vont vraiment couler maintenant. Je suis encerclé par une série de type qui s’approche inéluctablement de moi, menaçant. Ils veulent pas de moi, et je ne peux pas partir sans lui, sans l’avoir vu. Mes lèvres gercées frémissent, je dévisage tout ces types, me renfonce un peu plus dans l’ombre de ma capuche pour fuir leurs regards, me cacher d’eux. Je ne peux rien dire, je ne peux pas bouger, je grelotte juste comme un con, pétrifié comme à chaque fois que l’attention se focalise sur moi. Je suis un gosse, un gamin de 5 ans qu’on observe au milieu de la cour, qu’on étudie comme un spécimen, jusqu’à ce qu’il fonde en larme, incapable de supporter toute cette tension. J’ai envie de pleurer, pour mille et une raisons. J’aurais pas du venir. J’aurais pas du m’énerver. Accepter Haku comme je m’étais toujours juré de le faire. Tel qu’il est. Mon égoïsme m’a mené ici, mon égoïste amour pour toi. Ils me parlent, m’interpellent, mais je ne les entends pas, je ne les écoute pas. Je regarde juste leurs poings qui se dénudent, ces mains inconnues qui se referment sur mon col, me plaquent contre le mur. Je vais me faire tabasser et ça ne sera même pas par toi.
Kill me
Kuronuma Haku» I ❤ Nishinaka
Avatar : Min Yoongi
Pseudo : petit poussin rose d'amour d'Eden forever and ever (Kernel)
Date de naissance : 14/06/1992
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That's what i do there : Raté des bas-fonds - Cutie pie à temps plein
What about love ? : Yuki is my booooy ♥ the best baby in the world, I want to have his kids
How I feel : « J'aime son humanité, plus que tout : j'aime la finesse de ses traits, son parfum simple et l'idée que celui-ci imprègne mes vêtements. Son désir de ne pas m'enfoncer la tête sous l'eau, plus qu'elle ne l'est déjà, et ses grands yeux noirs, dardés d'innocence qui m'arrachent des mémoires ensevelies, aussi douloureuses que flatteuses. La façon dont il hausse timidement le ton, aussi, comme s'il craignait de m'intimider. La possessivité inexplicable qu'il a à mon égard, et surtout la sensation des lignes de sa main qui se marient aux miennes, parfois. Juste comme ça, juste nous deux, comme il ne faudrait pas. »
...

Messages : 223

Ven 8 Jan - 2:04
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Now you shouldn't be scared


« Alors les langues se délient, alors on ose enfin parler, se dire les choses. Tu es parti, je suis resté, on a changé, on s'est construit chacun de notre côté. Et j'ose pas trop le dire mais souvent tu me manques et je suis heureux à cet instant de pouvoir simplement te regarder. Dans ma poche un briquet, je fais des étincelles par série de trois : réflexe bizarre je sais mais je voudrais que ce moment s'arrête pas. » Et depuis, je n'ai jamais cessé de courir : j'ai marché, sillonné et piétiné les corps entassés, les corps meurtris qui jonchent le sol comme de vulgaires insectes que l'on écrase, sans forcément leur payer un semblant d'attention, de bonne pensée ambigument hypocrite. J'ai respiré, j'ai hurlé : j'ai triomphé de mes bagarres mais jamais de ces mots poignants, dévastateurs, qui me délestent de mon cœur et de mon souffle en même temps que je cours ; sans regarder droit devant moi, sans même prendre le temps de différencier le Nord et le Sud ─ parce que ça me paraît trop peu important, dorénavant, et que c'est bel et bien dénué d'un quelconque sens, maintenant que je suis retombé au plus bas. Non, je n'ai pas cherché de direction en désirant une nouvelle fois m'en sortir, trouver un chemin rédempteur ou une connerie utopiste dans ce registre-là. Au contraire, je n'ai fait que dépérir et ignorer obstinément mon reflet efflanqué et misérable, à travers chaque miroir, chaque vitre et chaque réminiscence que j'ai et que j'ai eu le malheur de croiser : une fois de plus, toujours un peu plus, au détour de quartiers habituels, où à la fois tout le monde et personne ne me remarque vraiment. Oui, ça ne s'arrête plus, et ça ne s'est jamais arrêté : c'est encore et toujours les mêmes larmes, les mêmes perles grisâtres que je me surprends souvent à faire tomber sur ma cigarette, ma seule amie : cette clope qui diffuse ces interminables nuages bleus de fumée toxique, dans l'air blanc et terni de l'hiver, que je voudrais assombrir et repeindre de noir luminescent pour manifester ma haine, mon mépris interminable et mon chagrin incurable. Et puis ces nuages azurés et flous, qui meurent aussitôt qu'ils sont apparus : ce sont ceux que j'exhale de temps à autre, lorsque je suis perdu dans mes pensées coup-de-poignard, et que j'ai décidé d'oublier encore une fois, après avoir vomi du verre pilé et rêvé de nos sourires qui émanaient l'encens, jadis imprégnés de cette odeur caractéristique de tulipes. C'était la sienne à elle aussi.

C'est une espèce de douleur vive et lancinante, qui t'arrache et t'immole la peau lentement, comme si tu n'étais qu'une simple bougie de cire qui fond à mesure que la flamme subsiste, mais ça n'est jamais trop douloureux pour te faire clamser définitivement. Je ne me l'explique pas, et je n'ai pas vraiment pris le temps d'y réfléchir, mais j'ai survécu : j'ai continué de passer mon temps à pleurer n'importe quand, à sentir du bout de mes doigts rougis par les brûlures l'insupportable et inéluctable sensation de vide et à chialer, toujours plus, parce qu'il y avait fort longtemps que je ne me l'étais pas permis ─ et je le fais, je me lâche mais surtout pas devant les autres, non, car ce serait être salaud, ce serait encore perdre tout ce que j'essaie d'avoir pour moi. Parce que ouais, tout ce que je peux faire c'est passer la journée à brûler comme une braise partout et n'importe où, à faire ces sourires jaunes d'arnaqueur, avec toujours ces dents et ces lèvres sans couleurs, et cette langue si sèche collée contre mon palais. J'ai juste l'impression d'être retombé autre part, d'avoir retrouvé la peine habituelle et insatiable de se nourrir de mon âme. Au fond, elle ne m'a jamais quitté, cette pernicieuse peine : elle est inlassablement collée et imprégnée sur moi, comme l'étiquette que cette société et que tous ces gens ont toujours fini par me scotcher dans le dos, quoi qu'il arrive et quoi que je fasse. Elle demeure présente, là, ardente et saisissante, et puis elle s'en va quelques temps, pour toujours mieux revenir et saccager tout sur son passage, sur mes lèvres serties de cicatrices invisibles.

Car après tout, j'y suis habitué et ce, depuis des années : les gens qui prennent peur en me voyant, qui fuient en me connaissant, qui disparaissent définitivement quand je commence à les aimer passionnément, de mon cœur si peu enclin à ces émotions et à de tels débordements. Oui, ils s'en vont toujours, quoi qu'il arrive ─ et j'ai fini par penser que c'était parce qu'il y avait une raison, parce que mon amour est nocif, nuisible et rebutant, comme tout peut l'être chez moi.

« Hier j'ai fait un rêve, moi qui était bon à pas grand chose en tout cas dans ma tête. » Dehors, il ne neige pas, voire pas beaucoup. Du moins, à peine, peut-être même un peu, mais je suis bien trop désintéressé pour y penser ou encore m'attarder à cette contemplation futile, insignifiante et presque pénible qu'est lever les yeux pour tenter de capturer quelque chose de beau. Je traîne encore dans les ruelles malfamées, diront les passants sans doute un peu trop curieux, qui lorgnent d'un air méfiant cette sombre artère de la ville, perdue dans l'étroitesse de deux immeubles qui ne sait accueillir en son sein que les plus marginaux, les plus misérables et les plus défaillants de cette vie, un peu comme moi. Je ne suis plus à sauver, après tout, et ça ne me plait pas particulièrement de devoir me mêler à eux ─ mais ils me foutent la paix, au moins, et ça me convient plutôt bien. C'est surtout dans ces environs-là que je peux être tranquille, à l'abri avec mes propres pensées, mon briquet qui me rend joueur et ce petit cutter, dont je me sers tous les jours pour graver quelque chose sur une façade hasardeuse d'un de de ces immeubles. Ce simple petit geste inutile, c'est comme écrire dans un carnet, c'est absolument la même chose ; sauf que cette fois, tout le monde a l'exclusivité de voir ce que vous avez décidé d'inscrire, en tant que marque irréfutable et indélébile de votre insurmontable souffrance.

Pour autant, je ne passe pas l'intégralité de mon temps avec ces autres âmes en peine, qui squattent comme si leur vie était rattachée ici, mais ça m'arrive parfois d'avoir l'envie d'en briser un ou deux, quand on me cherche ou que l'on commence à m'agresser sans aucune raison. Ici, dans cette rue aux innombrables secrets, il faut savoir s'imposer et se faire respecter aux yeux des autres, sans jamais ciller ou montrer une quelconque once de peur. Ça s'appelle survivre, cette façon de « cohabiter » et de se regarder dans le blanc des yeux, avec une promesse silencieuse au bout des lèvres. Ça s'appelle tout juste dominer, oui, et si tu ne fais pas l'effort de le faire, les règles sont bien simples : tu crèves. Néanmoins,  je n'ai pas de réel souci à me faire à propos de ça : j'ai l'habitude de m'embrouiller avec quelques mecs ─ et autant dire que ça finit presque immédiatement par une intervention des poings ─, mais de toute ma vie, aussi pathétique soit-elle, je n'ai jamais tabassé d'innocent ou de gamin qui n'a évidemment rien demandé, à la sortie de l'école ou du lycée. À défaut d'être un putain d'indécis, un lâche qui joue avec la vie des gens et un gros con, je ne suis pas un tel salopard ─ et je me démarque déjà des autres pour ça, pour ne pas non plus frapper sur tout ce qui bouge.

Par là, la nuit ne ressemble à aucune autre, car elle séduit et attire sans qu'on ne s'y attende. Ça a beau être sombre et vite s'évaporer pour rejoindre le néant, l'obscurité n'existe pas, dans ce quartier qu'est Mazerumachi. Elle est masquée par les hauts réverbères et les lueurs extravagantes des enseignes, ses rues également animées par la vie et la foule grouillante, comme la bonne populace de Tokyo l'aurait exigé. Pourtant, marcher ici en pleine nuit signifie souvent risquer sa vie près de chaque ruelle, et ce n'est pas faute de le préciser. Les silhouettes noires qu'on peut parfois y apercevoir n'augurent jamais rien de bon, pour toutes ces créatures innocentes et insouciantes qui marchent, comme si leur vie était rythmée de la plus belle et paisible des cadences. Décadence. Ces reflets et leurs formes hésitantes passent dans le regard comme autant de spectres, puis viennent aussitôt s'alanguir près de vous, dans le chuintement d'une lame aux chatoiements écarlates, stridents ─ putain de lame traîtresse. C'est alors la fin, à ce simple coin de ruelle, et une vie s'éteint dans l'indifférence générale de ce quartier, comme on souffle un candélabre qui a fait son temps de flamme. Et pourtant, ce n'est jamais trop prudent de s'y aventurer ; et pourtant, oui, c'est en ce danger constant que réside le charme de Mazerumachi, envoûtante autant qu'effrayante : comme une drogue qui appelle et qui fait frissonner d'adrénaline, sans qu'on ne puisse entièrement justifier cette attraction malsaine. J'y ai cédé, naturellement, et ceux qui s'approchent un peu trop près de ces édifices bordés d'ombres inquiétantes n'y résistent pas non plus longtemps.

Je sens quelqu'un murmurer mon prénom, puis le prononcer un peu plus perceptiblement, car je ne réagis pas immédiatement et que j'ai le regard complètement bouffé, par le ballet évocateur de cette danseuse embrasée, tout au bout de mon briquet. Je suis trop pris dans la contemplation de cette flammèche qui éclaire notre coin d'obscurité à nous, où il caille et où on ne discerne que très sensiblement les autres silhouettes, assises ou recroquevillées sur elles-mêmes. Les conversations fusent, elles sont nombreuses, et je peux les entendre de là où je suis : ça pourrait presque être convivial, cette espèce d'ambiance désespérée partagée à plusieurs, entre de multiples cœurs déchaînés et ravagés par ce que le monde ignore. Je refuse de me rentrer ça dans la tête, c'est encore une saloperie surfaite. Pas de compassion dans cet univers vicié : je ne veux pas m'en faire des potes, ces espèces de connards qui arrivent à me faire grimacer sans plus d'effort. J'ai déjà les miens, et ça me suffit, à priori. Je crois. Il me manque sans doute quelque chose, à côté, mais je ne sais pas quoi : j'ai l'impression d'avoir oublié, alors tant pis. La voix de mon collègue s'élève alors une nouvelle fois dans les airs, me perçant d'emblée les tympans, et je me redresse en le dévisageant lui et sa crinière rousse. C'est un des seuls dont je tolère la présence, et le fait qu'il me demande de le suivre a le don de m'intriguer, d'attiser en moi rien qu'un peu de cet intérêt que je croyais mort, perdu. Sans le questionner davantage, je l'observe un instant d'un air pensif, inlassablement morne, et je décide de le suivre en m'allumant au passage une cigarette, envahissant l'allée d'une fumée que tout le monde ne connaît que trop bien, ici.


J'ai longtemps appris à extérioriser à ma façon, et mes techniques m'ont plutôt été indispensables ces derniers temps. Ce n'est pas l'accoutumance à être blessé et déçu qui manque, chez moi : alors j'ai appris à gérer tout seul, comme un grand, comme un putain d'adulte ignorant en charge de trop de responsabilités dégénérescentes ─ et même si je souffre toujours plus fort qu'une détonation droit dans la gueule, que les fêlures de mes côtes ou que lorsque mes os apparaissent translucides et que mon cœur tape et perce, limpide, j'apprends toujours à m'en sortir et à vivre sous le joug effroyable et sinueux de la vie, de ce parcours qui parfois ne rime à rien. Je n'arrive pas à savoir si je dois considérer ça comme un cadeau ou une foutue malchance : la malchance de ne jamais céder malgré tout, et de me préparer pour la douleur future, d'ores et déjà en cours d'expédition, que je ne peux qu'attendre comme un gamin impatient de s'en prendre plein les dents. Je préfère encore tordre mon visage pâle et me racler la gorge, déglutir dans la grille de l'évier mes crachats noirs, mes soupirs, et puis me regarder dans la glace me tâter la gueule, me tâter les gencives. Je voudrais, je voudrais me casser la gueule, me casser les gencives, juste pour secouer le sac à geindre que je suis. Dans une inspiration lascive, mes poumons s'emplissent à la fois de l'air pestilentiel et des volutes de fumée, qui provoquent la consumation lente mais progressive de mon joujou, coincé entre mes lèvres moins gercées qu'à l'accoutumée. Un instant, le ciel céruléen prend les couleurs grises de cette tendre et nocive vapeur, tandis que je suis à la trace, d'un air las et paresseux, mon camarade qui m'extirpe des ténèbres de cette ruelle pour m'en ramener à l'entrée, où la lumière des phares et des lampadaires perce légèrement. Ça suffit à m'éblouir un instant, et je ne perçois tout d'abord que les braillements d'un attroupement de gars, qui semble entourer une silhouette flanquée contre le mur, que je ne peux apercevoir. Je lance un regard interrogateur à mon voisin, tirant une énième taffe depuis le moment où j'ai allumé cette clope. Je ne comprends pas. Il me ramène pour la victime rituelle de ces connards qui Dieu le sait, je méprise par dessus tout ? Il sait bien que je n'y prends pas part, pourtant. L'incompréhension m'aiguise un instant, alors qu'il fait signe de mieux regarder. C'est ainsi que mes pupilles sombres roulent, animées par la plus grande des désinvoltures, et puis je le vois, enfin.

Ce serait mentir de dire que ce n'est pas une surprise, et que je ne suis pas étonné. Je ne sais pas pourquoi, je l'ignore et voudrais le savoir, mais j'ai la subite impression que mon cœur se déchaîne, commence à tambouriner sans aucune raison, sans aucune justification valable, et cherche à s'extirper d'entre mes côtes, pour transpercer ma cage thoracique et finir de définitivement me tuer. Pourtant, il y en a tout un tas, de raisons : et je le sais, au plus profond de moi-même, de ma raison qui ne cesse de défaillir et de revenir à la normale, par intermittences absolument insupportables à suivre. Les traits de mon visage blafard ne changent pas pour autant, malgré la nausée qui me saisit, même avec mon joint libérateur entre les dents et les deux doigts  : j'observe la scène avec l'air ailleurs, l'air désobligé, comme si ça ne m'importait pas en apparence extérieure, comme si j'en avais plus rien à foutre du hasard ou du destin. Mais Dieu, putain de Dieu si tu existes, va vraiment falloir m'expliquer pourquoi tu fais ça, pourquoi t'es un tel enfoiré avec moi, avec mon mental, mes souvenirs et mes sentiments que je veux juste préserver, garder pour moi, envelopper sous une essence cryptique, indéchiffrable aux yeux des autres afin d'un peu moins souffrir, d'un peu moins en baver. Est-ce qu'il faudrait encore que je saigne, sérieusement ? Je me sens déjà suffisamment vidé, alors pourquoi me faire ça maintenant, maintenant que j'ai promis de ne plus interférer avec sa vie, juste pour me priver de la meilleure chose qui soit pour moi ? Tout ça pour ne pas trop provoquer de conneries, de mal-être encore plus grand que le mien, à la chose que je souhaite saine et sauve, le plus longtemps possible. Oui, mon incapacité propre à me comprendre me perdra, un jour : j'en suis sûr. Avec entêtement, je m'efforce d'éloigner les images qui veulent s'imposer à mon esprit, qui souhaitent de nouveau violer l'espace intime de mes songes les plus profonds : j'en ai ras le bol, j'en ai ras le bol d'avoir tout ça qui me trotte dans la tête, d'avoir ces souvenirs qu'il a provoqué comme une plaie fraîche et inguérissable, qui n'est pas prête de se refermer ─ de devoir chialer comme un moins que rien, comme un mec prêt à se jeter du septième étage. Alors j'ai dit stop, je dis stop juste pour maintenant, et je pose mes putain de problèmes sur la table, pour aller dégommer la gueule à ceux qui osent tabasser celui que j'aurais du défoncer, ce jour-là.

« Non crois-moi, tu veux vraiment pas que j’aille plus loin, parce qu’au mieux ça t’empêchera de dormir, au pire ça te donnera envie de me cracher à la gueule. Alors avant que je me transforme encore une fois, pars en courant, fuis-moi comme le choléra. » Une subite envie de faire quelque chose, de me laisser emporter par autre chose que l'ivresse de ma cigarette. Je m'avance, j'ai réellement pas envie de m'éterniser avec ce rassemblement de cons qui se veulent menaçants. Je ne sais pas ce qu'il est venu foutre ici, à vrai dire, et autant dire que je m'en moque d'une force insoupçonnable, abstruse, comme si je retranscrivais tout ce que je ne pensais pas à l'aide des peinturlures mensongères que sont mes expressions et mes gestes. Néanmoins, dans mes yeux défilent une ribambelles de sensations, et ces orbes de cendre de cigarette peuvent me trahir à tout moment. J'ai beau ne pas forcément le démontrer, il y a tellement de choses qui me taraudent, qui me donnent envie de lui hurler pourquoi, et de lui sauter à la gorge pour le secouer dans tous les sens, comme il l'a fait ce jour-là. Je veux lui demander s'il est plus heureux, maintenant, s'il a éventuellement refait sa vie et s'il ne regrette pas trop les mots qu'il m'a balancé à la gueule, le lendemain de son anniversaire, quand je n'avais qu'une demi-conscience pour seule hôte de mon corps : mon corps, cette triste enveloppe-là décharnée par la léthargie d'un chagrin subsistant, comme le goût délicieux du poison qu'est l'alcool.

Alors, d'un pas traînant, je fais claquer le son allusif de mes chaussures contre le bitume, m'approchant du petit comité tout à coup bien heureux d'avoir à faire à une proie aussi innocente que ce pauvre gosse, maladroit et timide comme une fille. Je serais prêt à leur laisser qui ils veulent sans broncher, mais jamais je ne permettrais qu'ils lèvent la main sur ce gamin que je m'étais promis d'éloigner de ma vie ─ à mon plus grand dam, plus doux mal-être. Languissant, à moitié vacillant, je m'impose à la foule, poussant quelques gars animés par leurs envies de violence ce soir rien qu'avec l'aide de mon corps, de mes bras en quête d'agressivité, eux aussi. Cependant, aussitôt que je me fais remarquer, tous s'écartent et commencent à me dévisager, comme si j'avais fait quelque chose d'extraordinaire ─ et certains reculent presque immédiatement, lorsque je daigne poser mon regard sur eux. Je peux entendre mon prénom retentir en écho murmurés, ici-et-là, alors que je parviens bientôt à me frayer un chemin jusqu'à la source-même de l'agitation, sans avoir besoin de pousser qui que ce soit. Ils se sont tous volatilisés, j'ai l'impression, parce qu'ils forment désormais une ronde attentive autour de nous trois ─ de ce garçon qui ose s'aventurer tout seul, plaqué contre le mur comme un vulgaire portrait que je pourrais admirer des heures, et de cette espèce d'enfoiré capuchonné qui ressert constamment sa prise, sur ce cou vierge de toute attention. Il ne reste plus que moi à côté de tout ça, qui me rapproche dangereusement de ce type : comme un requin à l'affût, traquant sa proie, nappé dans l'ombre de l'onde pour mieux dévorer sa cible définitive. Lui, il ne m'a pas encore vu, et il a l'air trop occupé à passer ses nerfs sur un des êtres les plus chers à mes yeux : il va apprendre que s'être mis à dos Haku est l'idée la plus stupide de sa vie, et je vais m'assurer de lui faire regretter d'être né, comme on me l'a tant de fois fait regretté. Son manque d'attention m'avantage, et j'en profite pour refermer ma main sur son épaule une fois à meilleure proximité, de sorte à exercer une pression sur sa clavicule, pression vengeresse. « Tu vas bien finir par me dire ce que tu fous, pas vrai espèce de fils de pute ? » Et s'il ose me répondre qu'il compte lui casser sa gueule, je me promets intérieurement de le crever ─ tout simplement. Tout de suite, j'annonce la couleur : je le sens tenter de se retourner pour espérer croiser mon regard, mais je ne lui laisse pas ce privilège et troque ma cigarette pour deux autres doigts, lui décochant un violent coup de poing dans la mâchoire ─ vrillant mon regard noirci sur son corps qui convulse tout à coup, la hargne s'emparant bien vite du mien, comme si une salve punitive m'imposait son contrôle. « Non ? Dommage, parce que je vais te briser. » Non, j'ai braqué personne, planté personne, buté personne, mais je suis un voyou. Et l'impression de sentir mon sang bouillir dans mes phalanges m'incite alors à le rouer de coups, jusqu'à en jeter ma clope pour le tabasser à même le sol, et par la même occasion lui confisquer quelques dents, lui exiger un peu de sang et attendre de lui des prières, une pitié que j'attends et qui serait susceptible de calmer mon adrénaline qui coule et se répand dans mes veines, dans la fibre de mes pores, comme une drogue plaisante à consommer. Les conneries sont redevenues le motif de mon existence, reprennent le trône de mon éternel domaine de prédilection : les mots s'entrechoquent dans mon esprit en un chant infernal, indescriptible et là, tout de suite, je n'ai plus assez de raison pour nier adorer ça.

Je pourrais te donner un million de bonnes raisons pour qu’on m'attrape, qu’on me casse les genoux et qu’on me cloue au pilori. Je finis par lui péter le nez, je crois, et la routine de retrouver mes doigts imprégnés de sang, de ce fluide passionnément cramoisi et luxurieux me prend de cours, comme à chaque fois que je passe mes nerfs sur un importun. Il est à terre, complètement sonné, et je suis quasiment sûr que la leçon lui est passée, qu'il ne recommencera plus jamais à toucher Yukihiro. C'est un peu la folie qui m'absorbe, sourde et impérieuse, et elle envahit tellement la circulation de mon sang à moi que je ne prends même pas la peine de détailler les expressions hébétées de mon public, faisant aussitôt volte-face vers celui que j'ai sauvé d'un passage à tabac certain. Je n'ai pas envie de savoir ce qu'il pense, et encore moins de le voir me regarder avec une expression d'horreur : j'en ai déjà assez bouffé comme ça, j'ai eu mon lot d'évidences assourdissantes, et j'ai beau encore penser à lui, je sais qu'il se méprendra sûrement sur la nature de ce spectacle que je viens de donner ; mais il pourra se tromper ou encore penser mal autant qu'il le désire, j'ai réellement fait ça pour nul autre que lui. J'ai pensé à Nami, j'ai pensé à Yue, j'ai pensé à mon putain de père pendant cet instant de transe totale ─ mais surtout, j'ai pensé à Yukihiro, pour Yukihiro.

Autour de nous, je peux sentir les regards insistants des autres débiles qui semblent avoir apprécié cet élan de violence soudain : mais même sans me retourner pour les interroger silencieusement, je peux percevoir l’interrogation et l'attente de quelque chose, quelque chose en particulier. Je le sais, je le sais bien, et moi aussi j'en ai envie, juste pour signer un contrat qui n'a jusque-là jamais été revu. J'inspire imperceptiblement, comme si je me préparais mentalement à une épreuve qui m'est parfois passée par l'esprit, c'est vrai ─ et après de longues secondes dans l'obscurité de cette ruelle, silencieuses et pénibles, je me décide enfin à lui donner ce petit quelque chose qu'il n'a qu'à moitié mérité : mon poing dans son si doux visage innocent, celui que je peux contempler sans relâche, sans cesse ─ sans avoir peur de me lasser ou de mourir d'une seconde à l'autre, sous la douleur stupéfiante d'une solitude éternellement grise. C'est un sentiment vivifiant, électrifiant, j'ai l'impression d'y mettre tout mon cœur et tout mon amour, dans cette caresse insignifiante. Parce que j'ai réellement fait pire, pire que ça, et j'ai beau avoir le sentiment de mettre les choses au clair, je ne peux empêcher ce pincement à l'estomac, quand je m'imagine le frapper lui. J'ai néanmoins pris quelques précautions, en faisant bien attention de ne pas viser de point sensible, mais il n'est que très légèrement sonné et même si ça fait mal, il ne sera jamais en plus mauvais état que celui qui a osé le toucher à ma place.

Presque comme si rien ne s'était passé, je quitte des yeux sa silhouette en repartant me faufiler à travers la foule ─ mais je n'ai pas précisé avoir attraper son poignet d'une main ferme, sévère et dure comme le fer d'une menotte solidement attachée. Les imbéciles statiques se poussent, d'autres sont retournés à leurs occupations : l'autre rouquin s'est barré je ne sais où, peut-être dans un autre endroit paumé et plus calme, qui sait.

Mais à ce moment-là, je m'en fous : à ce moment-là, j'ai celui qui a réparé et brisé mon cœur en même temps tout près de moi, celui qui a engendré la peine immense de devoir y repenser, en plus du fait de m'être contraint à l'avoir quitté, tout simplement parce que je pensais à son bonheur avant le mien. Aurais-je eu tort ? Bien sûr que non. Sans lui demander son avis, je l'emmène avec moi, le satin de sa peau sous mes longs doigts, tremblant grâce à l'excitation générée : combien de temps cela faisait-il ? Je ne sais pas, j'ai arrêté de compter la  durée, mais j'en ai forcément rêvé au moins une fois, même dans mon absence totale de rêves et de cauchemars. Hâtivement, je m'enfonce avec lui dans cette allée inexplorée, nos pas nous conduisant inconsciemment derrière un immeuble à moitié en ruine, abandonné. Il n'y a personne, comme je m'y attends, et c'est seulement là que j'abandonne ma prise sur les veines battantes de l'intérieur de son poignet, époussetant l'air de rien mon blouson vert. Pas de proximité entre lui et moi : rien, absolument rien, et c'est en enterrant mes mains autrefois pâles dans le fond de mes poches que je m'éloigne légèrement de lui, mon regard dardant de haut en bas sa frêle corpulence. « T'aventures pas par là. » J'énonce, d'une voix éteinte, effacée : j'ai le sentiment que ça fait des années que je ne l'ai pas vu, et cette fois-ci je me plais à redécouvrir les traits de son visage, livides et fatigués. J'ai tout simplement la sensation que mes tympans bourdonnent, quand je l'admire comme ça, et pourtant mon flot de paroles n'en reste que plus faible, restreint en sa présence hasardeuse. « Tu veux quelque chose ? » Et j'ai besoin de toi comme d'une infirmière, que tu répares ma tête et mes sentiments qui fonctionnent plus bien, que tu refasses mes stocks de sérotonine, que tu me dises que c'est rien.
Heal me
Suoh Yukihiro» I ❤ Nishinaka
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Ven 8 Jan - 20:48
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You’re hidden in a place where I can’t see you

J’ai peur. Je me suis jeté là dedans sans réfléchir, et c’est un nouveau coup qu’on me porte. Ce monde c’est celui de Haku, et il ne m’est pas ouvert, je ne pourrais jamais en faire partie, le comprendre, l’intégrer. Pas que j’en ai l’envie particulière, mais c’est une part de lui que je ne comprend pas, et ça me conforte un peu plus dans l’idée que quoi qu’il se passe, ça n’ira plus. Ça me brise, cette idée est insupportable, mais pour le moment, je ne peux détourner mon attention de ce type face à moi, qui me secoue comme un prunier, faisant heurter mon dos chaque fois plus violemment sur la taule décolorée. Mes dents sont serrées à m’en faire mal, et mes doigts blanchis par l’effort serrent ces mains qui m’étouffent, dans un vain espoir de le faire lâcher. Je cherche des yeux sous cette capuche, un semblant d’humanité dans cette ombre violente qui me soulève presque du sol. Ma gorge est serrée, tant par mon col qui blesse ma peau que par la terreur qui me noue les viscères. Je me force à soutenir ce regard que je ne perçois pas, par un dernier revers de fierté peut-être, ou juste parce que je veux anticiper les coups qu’il sera amené à m’assener. Je veux respirer, je veux qu’il s’éloigne, je pourrais lui promettre de ne jamais revenir, mais je ne peux pas. Partir sans Haku n’est pas une option. Je dois lui parler, voir son visage, m’assurer qu’il va bien. Il doit écouter mes excuses, même si pour ça il faut l’y obliger. Ce sera la dernière chose que le contraindrait à faire pour moi, m’écouter lui demander pardon. Libre à lui d’accepter ou pas. Je pense en réalité qu’il me repoussera ensuite, parce que je l’ai trop fait souffrir, parce qu’il n’est pas facile, parce qu’il ne me pardonnera pas d’avoir dit de telles horreur. Et il aura raison. Je voudrais me débattre, chasser cette main qui enserre mon cou, répliquer, être un homme. Mais le fait est que toute hargne m’a abandonné. J’ai déversé toute celle que je possédais sur Haku ce jour-là. Je m’en veux d’être faible, je serais prêt à me laisser passer à tabac sans broncher parce que j’ai trop peur de l’ouvrir, de m’expliquer. Pathétique, pitoyable, tous ces qualificatifs me conviennent à merveille. Parfois, je me dis que ça ne serait pas un mal que je devienne comme Haku, un dur, un vrai, qui sait ce qu’il veut. Je voudrais sortir cette langue immobile de son fourreau étouffant et balancer toutes les vérites, mais que celles qui ne blessent pas. Lui crier que putain, je l’aime vraiment trop, je pourrais jamais me passer de lui, je m’en veux, j’aurais pas du. Haku pardonne moi.

Autour de nous, les murmures belliqueux s’éteignent un peu, et l’ombre oppressante des autres gars se lève un peu. La figure encapuchonnée de celui qui me retient contre la paroi m’empêche d’apercevoir ce qu’il se passe autour. Mes maigres efforts s’attachent à lui faire lâcher mon t-shirt, mais sa poigne est telle qu’il ne semble même pas sentir mes doigts désespérés. Au contraire, il ressert les siens autour de ma gorge blanche et découverte. Je voudrais qu’il me frappe enfin, qu’on en finisse, mais il semble décidé à attendre que je m’exprime, que je le supplie, pour m’enfoncer dans ma déréliction de ses phalanges. Je ferme les yeux, pour signifier mon abandon, plus vite ils m’auront cassé la gueule et plus vite je pourrais me trainer loin d’ici. Le nez de travers, je ne serais pas plus moche que je ne le suis déjà. De toute façon Haku ne viendra pas, et même s’il était là il ne m’écoutera pas. Je ne suis pas sûr d’être capable de soutenir son regard nuageux quand il m’ordonnera de me casser. Alors je laisse tomber, je baisse les bras, je lui offre ma figure à démonter de tout son soûl, à ce type qui sent l’alcool, et dont le regard est dissimulé derrière l’ombre honteuse d’un sweat sale. J’attends une seconde, dix secondes, et rien ne vient, rien que la prise sur mon col. L’une de mes paupières se soulèvent pour découvrir une main blanche et fine déposée sur l’épaule de mon agresseur. Une main crispée, si serrée autour sa prise que les veines semblent saillir sous la peau. Elle ne m’est pas inconnu. J’ai le sentiment de connaître les courbes de ses doigts, la poigne qui enserre la clavicule du type, le satin de sa peau que je devine dans la semi-obscurité. Une voix furieuse s’élève parmi les autres, et je reconnais immédiatement cette intonation, ce timbre si particulier et si cher à mon cœur. J’ai n’ai pas le temps de voir Haku qu’un poing s’abat dans le visage de celui qui me retiens. Il lâche mon col dans un râle et titube une instante face à moi, grognant de douleur. L’autre n’en a pas fini. Il jette au loin sa cigarette et se met à rouer le premier de coup. Il cherche à résister un instant, mais bien vite se retrouver étaler contre le goudron gelé, effondré sous les coups incessant de Haku. Je ne peux pas détourner mon regard, je l’observe casser la gueule de ce gars sans une once de pitié, couvrir ses longs doigts squelettique d’un liquide pourpre. Je veux disparaître dans le mur, je me presse contre la taule, comme pour m’y fondre complètement. La scène de bagarre me fascine, m’hypnotise. La haine, la violence de Haku me pétrifie autant qu’elle me soulage. Il se bat pour l’empêcher de me frapper, il me témoigne une once inattendue d’attention. Mes jambes ne savent même plus soutenir mon poids tant je tremble. Soulagement, froid ou terreur nouvelle de le voir apparaître soudainement, je n’en sais rien, mais mon corps convulse contre la paroi, au rythme des os qui s’entrechoque à chaque coup.

Après un temps qui semble une éternité, et alors que l’attroupement s’est légèrement reculé, le couple belliqueux se sépare. Haku se redresse, abandonnant son adversaire la figure en sang, gémissant comme un chien à l’agonie. Ma bouche demeure irrémédiablement ouverte devant ce spectacle. C’est la première fois que je le vois se battre, je ne m’attendais pas à ce que cela soit si violent, même en ayant vu les cicatrices qui marquent son dos. Lui fait soudain volte-face pour venir planter son regard anthracite dans le mien. Mon corps, oscille entre faire un pas en avant et reculer autant que possible. Si je m’écoutais, je fondrais sur lui pour retrouver sans plus attendre la chaleur de sa peau, lui sangloter au creux de son oreille que je suis désolé, tellement désolé. Son seul regard, glacé, me dissuade de tout action, je reste aussi immobile que s’il s’agissait d’un de ces inconnus drogués. Il ne tarde pas à m’adresser un signe que je n’avais finalement pas si bien anticipé. Avant que je ne réalise quoi que ce soit, son poing fuse dans ma direction et vient heurter ma mâchoire. Ma tête retourne à la rencontre du métal derrière moi. J’aurais du m’en douter, je le mérite après tout, mais ça n’enlève rien à la douleur. Autant physique que psychique. Ma naïveté maladive m’a poussé a gardé au fond de moi l’espoir de retrouvaille telles qu’on peut se les imaginer dans des dramas, comme s’il pouvait me pardonner tout aussitôt qu’on se serait revu. J’ai espéré lui avoir manqué. Au lieu de ça je ne récolte que ce que j’ai semé, de la haine. Sonné, ma main se porte instinctivement à ma joue endolorie. Un petit filet mince et écarlate glisse sur mes lèvres entrouvertes sur un gémissement silencieux, tandis que je devine sous mes doigts les traces poisseuses du sang que les phalanges de Haku ont imprimé sur ma joue. Ainsi, il ne m’a défendu que pour avoir le plaisir de me défoncer moi-même. Il est peut-être soûl, shooté ou que sais-je. Venir ici était décidément une idée stupide, s’exposer à un Haku qui n’a pas conscience de ce qu’il fait. Mon regard cherche  le siens, en quête de cerne, de ses rougeurs dans le blanc de ses yeux, trahissant sa consomation de substance, mais je n’y parviens pas. Sa main ensanglantée se referme sans délicatesse sur mon poignet trop fin. Sans d’avantage de cérémonie, il me traine à sa suite dans la foule de regard éberlué. Je me laisse faire sans broncher. Mon corps n’est plus qu’un sac de terre inanimé, et seul subsiste le souvenir de son poing sur ma peau. On se retrouve loin dans l’obscurité de la ruelle, loin des autres, là où il fait plus froid. Je grelotte dans mon simple gilet.
 

Je suis partagé entre la joie de le retrouver et la terreur d'être rejeté de revoir ses traits fins et immaculés, si chers à mes yeux, et ses deux pupilles glacés, luisant sans la pénombre. Un mois que je n’ai pu contempler librement ce visage que j’aime tellement. Ces lèvres que l’instant d’avant, j’effleurais, avant que tout ne se brise. J’ai l’impression d’encore percevoir leurs empruntes sur les miennes. Et pourtant. L’idée que je ne les toucherais plus jamais fait monter en moi une sorte de rage immense. Pas envers lui. Envers moi-même. Si je n’y avais pas pris goût, rien de tout cela ne se serait produit. Ma naïveté me dégoûte, ma rapidité à l'aimer aussi fort, à le dévorer avec tant de gourmandise, tout ça me colle cette nausée inexplicable qui me suit depuis ce fameux jour. L’avidité m’a poussé à tout ignorer rien que pour rencontrer la tiédeur de ses chairs. J’ai honte si tu savais Haku, si je pouvais tout te dire, tu le saurais. Mais je redoute déjà un nouveau coup. Veut-il vraiment parler ? Pourquoi ne m’a-t-il pas déjà chassé loin de son monde, de sa vie ? Nos pas résonnent dans les profondeurs de l’écho étroit de la ruelle. Les siens, précipités. Les miens, trainant derrière, comme pour prouver mon unique désir de ne plus faire que ce que lui souhaite. J’ai le cœur en panique, il tambourine comme dans un dernier sursaut, tout au bord de s’arrêter. Je pourrais crever ici. Cette distance entre lui et moi, son regard sans émotion, si différent que celui que je lui connais, je ne peux pas le supporter, mes veines brûlent. Je veux qu’il me regarde à nouveau comme son petit homme, son petit con, le seul à qui il témoigne de l’affection. Être unique à ses yeux, et pas seulement un de ces gars sur lequel il tape de manière insensée. Et voilà que je pense à nouveau pour moi, comme l’égoïste maladif que je suis au final.


Il me détaille un instant, avant de me balancer d’un ton neutre que je ne devrais pas être là. J’acquiesce inconsciemment, comme pour lui donner raison, avant de me gifler intérieurement. Bien sûr que si, je suis là pour une raison, maintenant je ne bougerais pas avant qu’il ne m’ait écouté, même si je doute, mais si j’ai peur de sa réponse. S’il me repousse, je ne sais pas ce que je ferais. L’horreur d’une vie sans lui ne me semble pas admissible, un mois d’absence me l’a fait comprendre. Je me suis pourtant promis de le laisser partir si tel était son souhait, mais à présent, je retrouve ses traits, son teint, et même l’odeur diffuse de sa cigarette, tout cela me semble inadmissible. Je ne peux pas renoncer à lui sur une bête connerie de ma part. Il me demande si je veux quelque chose. Je recule un peu, ne sachant identifier l’intonation de sa voix. Il faut que je lui dise. Tout ce que je ressens, que ces mots c’était des mensonges, des conneries, des puérilités. Je ne les pense pas, je ne les ai jamais pensé, je te promets. Mes mains se resserrent un instant sur la lanière du sac que je tiens toujours, avant que je ne me décide à l’ouvrir d’une main fébrile. Un morceau de feutre rouge apparaît à travers la fermeture éclair. J’extrais le seul contenu de la basasse, tendant sans le regarder dans les yeux le manteaux couleur sang oublié le jour de notre séparation sur le coussin du canapé.

« Tiens, je t’ai ramené ça. » J’annonce comme une évidence, le laissant récupérer son vêtement. Il sent la lessive, je l’ai lavé, à la main pour ne pas l’abîmer, parce que je ne supportais plus cette obsession d’y plonger mon nez pour humer son humeur qui d’habitude m’irrite tant. Il me prendra sûrement pour un taré, il le pense peut-être déjà. Oui je le suis, aussi drogué que lui à ses joints, sauf que c’est de lui que je ne peux pas me passer, et c’est lui qui a essuyé ma colère. J’hésite, ne sachant quoi ajouter, comment introduire tout ce que j’ai à lui dire. J’ai le besoin pressant de me perdre dans l’océan tumultueux de ses yeux, de m’y noyer et de ne jamais, plus jamais, refaire surface. Comment je peux lui dire que je suis désolé, assez sincèrement pour qu’il y croit. Si je ne me dépêche, il perdra patience, pensera que je ne suis que là pour lui rendre son manteau. Il ne doit pas me filer entre les doigts à nouveau, il ne doit pas disparaître en gardant de moi ces quelques mots, tu es un lâche, un con. C’est faux, archi-faux. Il doit le savoir. J’inspire une longue goulée d’oxygène, encore un peu sonné par la douleur lancinante sur ma  joue. Elle a du enfler un peu, car je distingue une petite excroissance rougeâtre au sud de ma vision. Mon corps s’incline aussi bas que possible, tandis qu’un faible bafouillage s’extrait avec difficulté d’entre mes lèvres tremblantes.

« Haku je… »

Silence. Ma voix ne suit pas ma pensée. Elle ne veut plus m’obéir. Le fait de prononcer son prénom à haute voix pour m’adresser à lui, pour la première fois depuis des semaines fait s’agiter mon corps plus vite encore. Et cette putain de faiblesse qui se niche entre mes reins en permanence pour ne reparaitre qu’aux moments comme ceux-ci, où précisément j’ai besoin de courage. Si j’avais été faible ce jour-là, je me serais tut, et Haku serait toujours à mes côtés.

« Je te demande pardon Haku, pour tout ce que j’ai dit. Je ne le pense pas. Je ne l’ai jamais pensé. Je te le promets. » Crois-moi. « Tu vas me prendre pour un con, et c’est ce que je suis, j’avais tord. Je suis l’indécis dans l’histoire, je te crache à la figure et viens t’implorer de me pardonner ensuite, tu dois te dire que je me moque de toi mais… »

Oui il doit le penser, probablement. Il aura raison. Même si je ne me moque pas de lui volontairement bien sûr. Il ne faudrait pas partir dans un discours larmoyant, mais pourtant, j’ai cette nécessité, dans le peu de temps qu’il m’accordera, d’en dire le plus possible ce que je ressens réellement. Qu’il comprenne que je ne pense pas ce que j’ai dit précédemment, et que la vérité c’est qu’il est indispensable à ma vie, ma misérable vie encore plus pourrie sans lui. Il la rend plus belle, plus colorée, moins chiante. C’est son cœur qui bat pour moi, qui fait pulser le sang dans mes veines. J’ai désespérément besoin de sa chaleur et de ses vérités crues et toujours plus acceptables quand c’est lui qui les énonces. Je ne peux pas laisser notre sort au destin et attendre que lui me revienne, car jamais il ne le fera. Trop têtu, trop entêté, trop fataliste. Si je veux retrouver mon ainé, je dois essayer, essayer jusqu’à en perdre haleine, jusqu’à ce que le souffle me manque pour tout lui avouer.


« Pardon. Pardon. Pardon. Mille fois pardon, je ne te le dirais jamais assez. Pardon. Je t’ai fait trop de mal, je ne mérite même pas que tu poses tes yeux sur moi. Mais j’ai besoin que tu saches à quel point je m’en veux. Tabasse moi, tue-moi, étrangle moi, abandonne moi, mais entend au moins ça, je suis désolé. »
Kill me
Kuronuma Haku» I ❤ Nishinaka
Avatar : Min Yoongi
Pseudo : petit poussin rose d'amour d'Eden forever and ever (Kernel)
Date de naissance : 14/06/1992
Age : 24
That's what i do there : Raté des bas-fonds - Cutie pie à temps plein
What about love ? : Yuki is my booooy ♥ the best baby in the world, I want to have his kids
How I feel : « J'aime son humanité, plus que tout : j'aime la finesse de ses traits, son parfum simple et l'idée que celui-ci imprègne mes vêtements. Son désir de ne pas m'enfoncer la tête sous l'eau, plus qu'elle ne l'est déjà, et ses grands yeux noirs, dardés d'innocence qui m'arrachent des mémoires ensevelies, aussi douloureuses que flatteuses. La façon dont il hausse timidement le ton, aussi, comme s'il craignait de m'intimider. La possessivité inexplicable qu'il a à mon égard, et surtout la sensation des lignes de sa main qui se marient aux miennes, parfois. Juste comme ça, juste nous deux, comme il ne faudrait pas. »
...

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Dim 24 Jan - 3:45
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Now you shouldn't be scared


« T’es un énième verre d’alcool, t’es une vingtième cigarette. T'es un rire innocent, t’es la danse sous les néons bleus. T’es un visage relevé emporté par la musique, t’es une pensée contre une vitre. T’es le pas trépident et pressé, t’es la nuit tardive. T’es le bruit de mes doc, quand je suis énervé. » Je dois bien avouer que je ne sais pas trop quoi dire, comment réagir et encore moins de quelle façon le regarder. J'ai l'impression que sa présence est à la fois anodine et à la fois tout ce qu'il y a de plus normal, tout ce que je n'ai jamais cessé de convoiter depuis que je me suis promis de ne plus y retourner. Aurais-je cédé bien avant l'heure ? Aurais-je dû rester, aurais-je dû faire fi de tous ces mots destructeurs, comme j'ai pourtant tant l'habitude de le faire en en règle générale, et sécher ses larmes dont je suis le seul déclencheur, dont j'ai été l'atroce et inéluctable catalyseur ? Je ne sais pas. Je suis perdu. Je ne comprends pas, je ne comprends plus et une fois de plus, je perds le petit bout de chemin rédempteur de vue, celui sur lequel je déambule quelques temps pour au final faire demi-tour, remonter le compte à rebours et retenter d'avancer correctement. Je me demande bien pourquoi ses mots à lui m'ont fait autant de mal, ont réussi à me démonter comme si j'étais sur le point de rendre l'âme et ne m'ont permis que l'exil, l'éclipse dans le plus secret des serments. En définitive, je dois bien admettre que je n'en sais rien ; j'ai arrêté de me poser la question, en fait, pour ne pas en venir à un stade où je m'auto-détruirais complètement, où je ne saurais même plus comment dire « merci de bien vouloir panser mes plaies, merci de bien vouloir perdre ta vie avec moi ». En ai-je pour autant besoin ? Devrais-je me faire payer encore mieux que ça ? Je ne sais pas si c'est ce qu'il me faut, j'ignore si c'est ce que Yukihiro attend de moi. Je sais que ce sont ses paroles, ses promesses, sa voix claire ─ sa passion effleurée, sa naïveté, ses cicatrices que je voulais refermer définitivement et que je n'ai fait que rouvrir que je désire, que je souhaite près de moi et sous l'éclat misérable de mes pupilles. Tout ça, c'est ce que je veux : tout ça, c'est ce qui déteint sur moi, c'est ce qui arrive à me faire chavirer, encore plus intensément que quand j'enchaîne cuite sur cuite et que j'ombrage dans un autre monde que celui de notre réalité. Tout ça, ça me fait atrocement mal et ça me procure l'impression de vivre, de mourir, de détester, d'haïr, d'aimer une fois encore, une fois de plus. C'est ce que j'affectionne, dans un sens, même si ça me fait souffrir et que ça réveille en moi des plaintes et des fantômes que je m'étais promis de faire taire, un jour où l'autre.

« T’es l’hiver qui s’installe, t’es le froid sur mon visage. T’es le souvenir d’une chaleur, t’es un soleil givré. T’es mon attente, t’es mon arrogance. T’es mon dédain, t’es mon égoïsme. » On se tait. On ne parle plus. On est le soupir permanent, on est l’ivresse de la colère. On est le summum de l’acharnement. On est le silence. Je ne parle plus, et lui non plus, il ne semble plus pouvoir ouvrir la bouche. La sensation de son visage contre ma main me revient progressivement, dans un fracas sourd et douloureux, que je me suis accoutumé depuis des années à recevoir et à faire goûter. Ce n'était pas un coup de poing colérique ou haineux, c'était plus que ça ─ c'était ce genre de truc qu'on ne peut pas décrire et qui nous fait alors du bien, qui nous apaise d'une façon radicale : celle que l'on ne peut décidément pas expliquer par soi-même, parce que ça paraîtrait trop flou et sûrement trop étrange aux yeux des autres, aux yeux des gens. Mais au diable les gens. Les mots ne suffisent tout simplement pas pour décrire à quel point je me suis senti libéré, pardonné et délivré d'un poids encombrant en abattant mon poing contre sa joue, dorénavant meurtrie, que je ne pourrais sans doute plus jamais toucher à partir de maintenant. Je ne perçois pas ça comme quelque chose de mal ou de systématiquement terrible : non, je vois ça au delà de simples paroles, au delà d'un discours superficiel qui, à force de se vouloir convaincant, en deviendrait sûrement improbable. J'ai sans doute la mauvaise vision des choses, je ne conçois peut-être pas les choses de la meilleure façon qui soit ─ mais je peux dire que je ne suis pas complètement aveugle, au moins, et c'est cette constatation qui m'encourage à continuer d'exister, aussi piètre et dérisoire soit le semblant de ma vie.

« T’es la passion arrogante, t’es une blague du destin. T’es mon questionnement permanent, t’es l’envie d’une rupture. T’es l’envie de la passion, t’es la main qui me retient : c’est ta main que je tiens. » Je me perds sans un mot dans la quiétude de cette ruelle, sur cette silhouette frêle et innocente, beaucoup trop hasardeuse pour être en ces lieux. Ses yeux à lui fuient fébrilement, il n'a pas l'air de vouloir croiser mon regard. Je ne m'en formalise pas et continue d'attendre, de patienter, comme je l'ai fait toute une vie, tout un mois. Lorsque je le détaille en bonne expression fermée et sourcils froncés, je réalise à quel point son visage est différent de l'image que j'avais, quand je repensais inlassablement à ses traits et à la douceur attendue de son faciès. Son teint semble s'être pâli, affaibli, tandis que ses yeux brillent sans s'arrêter et que ses mèches sombres ont eu le temps de pousser, de recouvrir ce front qui m'avait tant manqué. Je plisse les yeux, j'ai la sensation de le toiser comme si c'était un inconnu, comme s'il ne m'était jamais apparu auparavant. Je ne sais pas quoi penser alors je ne pense pas : s'il est là, c'est sûrement pour une raison ou pour une autre, qu'importe, que celle-ci soit justifiée ou sans motif ─ mais elle n'en reste pas moins insensée, et je n'ai aucun mal à imaginer ce qu'il aurait pu devenir si je n'avais pas été là. J'ai encore l'odeur du sang qui me parvient au nez, toute la rage avec laquelle j'ai frappé ce type, tout à l'heure, qui refait immanquablement surface, et puis le visage décomposé de Yukihiro qui me regarde, qui nous observe, presque hypnotisé par l'ivresse du combat. Maintenant que je lui ai offert cette vision de mon monde, de ma vie, il doit sûrement avoir envie de s'en aller, de fuir, de partir loin d'ici : je n'ai pas envie de le laisser s'échapper, et pourtant ce serait la meilleure des choses à faire, à l'instant présent ─ la meilleure décision que Yuki pourrait prendre s'il ne tient pas à rencontrer le courroux de la vie. Néanmoins, et ce encore une fois, il semblerait que l'on s'obstine à défier les précautions et la sécurité, et que l'on mette tous les deux de côté les conséquences de nos actes pour vivre dans le vice, pour vivre dans le doux dérèglement. On fait le mal, et malgré tous nos ressentiments, on le vit bien : Yukihiro est le plus à même de me comprendre sur ce point-là, tout simplement parce qu'aujourd'hui, j'ai la preuve que lui non plus n'y résiste pas.

« T’es ma peur, t’es ma terreur, t’es mon sans-lendemain. T'es le chant des oiseaux que l’on entend tôt le matin, t'es une insomnie répétée. T’es les souvenirs incessants se cognant contre les parois de doigts qui tremblent. » Parce qu'il ne fuit pas, bien au contraire. À la place, je peux brièvement distinguer sa main qui disparaît dans son sac, pour en extirper un tissu rouge, un tissu rouge comme mon cœur, comme mes poings, comme l'hématome tranchant sur cette peau diaphane, que je dévore imprévisiblement des yeux. Alors il est venu jusqu'ici juste pour ça ? Juste pour me ramener ma veste, juste parce qu'il a eu un soudain élan de compassion à mon égard, moi le franc débauché, celui qui blesse et que l'on finit toujours par jeter, car il l'a forcément mérité ? Mes lèvres se pincent, mes yeux tournoient sans pour autant qu'ils ne bougent et mes sourcils se froncent subitement. Je sais bien que c'est une excuse, je ne suis pas idiot au point de ne pas remarquer un prétexte aussi flagrant. Mais je ne comprends pas. « Tiens, je t’ai ramené ça. » Il énonce en me tendant ma veste, morceau cramoisi sur lequel je pose instinctivement mes yeux. C'est plutôt ironique, parce que ce simple vêtement m'évoque des souvenirs douloureux, que j'avais cru pouvoir oublier tant je me suis efforcé de les enterrer vainement, avec l'espoir inepte de, peut-être, réussir à les dissoudre : tout comme ces paroles, ses paroles, qui m'ont dangereusement renversé le cœur ─ et puis les prémices de mon malheur, qui remontent déjà à des années inutilement lointaines. Je m'empare de ma veste, j'ai l'impression qu'elle porte l'odeur de Yuki : qu'elle possède cette petite fragrance caractéristique, qui flatte automatiquement mes sens. Nos regards ne se croisent toujours pas, c'est comme si l'on savourait le délice qu'est cette agonie indescriptible, et que l'on réalisait chacun de notre côté à quel point il faut être masochiste pour autant tolérer cela. On en parle pas, mais on le sent. Ce genre de chose, ça ne s'explique pas : tout comme j'ai eu cette pulsion de le cogner, tout à l'heure, devant cette foule assoiffée de règlement de compte  ─ tout comme j'ai commis l'irrésistible et irréversible erreur de m'attacher à lui, à son âme, à son essence ─ tout comme je le regarde, là, alors qu'il cherche à éviter mes yeux, et tout comme je hurle intérieurement mon besoin de sa présence, de son parfum et de sa voix unique, qui apaiserait de nouveau mes maux lancinants. Être séparé d'une drogue est un sentiment pesant, horrible ; frustrant, dévorant et terriblement altérant, comme si on vous privait de votre petite dose de bonheur, de ce dont vous avez besoin pour assouvir votre manque, votre soif insatiable.

« T’es un baiser avec un inconnu, t’es un regard échangé. T’es une main l’une dans l’autre, t’es un bisou sur la bouche hors du lit. T’es le début d’une tragédie. » Je pose le tissu sur mes épaules, sans pour autant en revêtir les manches. J'ai la sensation qu'il a supprimé toute trace de mon parfum pour y imprégner le sien, pour y imprimer celui qui me fait spontanément penser à lui, et à tant d'autres gens qui sont passés, et puis repartis subitement. Je respire imperceptiblement l'air, le bout de mes doigts gelé, les mèches blondes de ma couronne presque ternies. Sa chaleur froide me manque, elle m'a toujours manqué, mais je suis dorénavant trop borné pour lui avouer, trop préoccupé pour le lui hurler là, maintenant. J'ai pour habitude de toujours dire la vérité, de toujours dire ce que je pense sans retenue, sans aucune forme superficielle de tact ou de politesse : ça m'a valu des tours, ça m'a étranglé un nombre incalculable de fois ─ mais c'est parce que la vérité acerbe et cinglante ne plaît pas aux gens, ne plaît pas au monde. Et je comprendrais qu'elle ne plaise pas non plus à Yukihiro, vraiment. Seulement, là, je ne peux pas : je ne peux plus, je n'y arrive plus devant lui parce que pendant un mois, j'ai vécu dans le silence perpétuel d'un chagrin que je suis incapable de justifier, qui n'a pas été de taille face à celle que j'ai jadis endurée mais qui en a frôlé les dangereuses limites. Un chagrin confus, immense peine qui s'approprie votre cœur déjà meurtri et qui peinturlure des hématomes sur vos lèvres, pour remplacer les empruntes que votre amour aurait tendrement déposé, juste avant de vous chasser de sa vie. Tout ça parce que je l'ai voulu, tout ça parce que je suis accro, accro à la douleur, accro à l'inaccessible. Tout ça parce que je veux qu'il connaisse mieux, Yuki.

« T’es un traître, t’es la douleur : t’es le non-respect.  T’es une blague du destin, t’es une torture. » « Haku je… » Silence, malaise. Sa voix m'avait manqué, atrocement manqué, et je réalise que c'est ce seul son dont j'ai besoin pour détendre mes épaules et relâcher mes clavicules raides. Je me remémore encore ses mains qui arpentent en douceur la peau cicatrisée de mon dos, les gravures qui auraient du le dégoûter, qui auraient du l'éloigner et lui faire comprendre que je ne suis pas quelqu'un en qui placer sa confiance ─ en qui placer quoi que ce soit. À l'inverse de cela, il n'a fait que m'ouvrir les bras, traiter affectueusement mes plaies et mes ecchymoses comme on ne me l'avait jamais fait jusque-là, à la manière d'un infirmier qui vous assure que tout sera bientôt fini. Je n'ai pas trouvé ça bien, j'aime enfreindre les règles mais pas quand ça le concerne lui : je me suis dit qu'on allait finir par le regretter, plus tard, et que toute cette symbiose et cette communication indéchiffrable entre nous ne rimaient à rien ─ ne faisaient que nous engager sur un chemin vague, flou, où l'on ne distingue à peine nos pas et qui nous promet en réalité les ténèbres tout au bout. Pourtant c'était si bon, de marcher avec lui, si apaisant après tant d'années à se questionner et à ne pas pouvoir avancer. « Je te demande pardon Haku, pour tout ce que j’ai dit. Je ne le pense pas. Je ne l’ai jamais pensé. Je te le promets. » Je relève doucement la tête à ces paroles, cherchant tant bien que mal à capturer son regard qui s'entête à s'étaler ici-et-là, sans jamais chercher à faire face au mien. Mes pupilles se dilatent quand je le dévisage, avec cet air perdu qu'il semble avoir, dont il n'arrive plus à se défaire. Mon cœur bat fort, bat vite, j'ai l'impression qu'une poigne immatérielle va me l'arracher : je peux le sentir au creux de ma poitrine douloureuse, à l'intérieur de ma prison de chair ─ et pourtant je lutte contre les émotions qui veulent s'emparer de mes traits, celles qui ne font que défiler dans mes yeux sombres, inlassablement. Alors le pense-t-il vraiment ? Pense-t-il vraiment qu'il est le fautif dans l'histoire, que je suis ne suis qu'un vulgaire con qu'il faut systématiquement plaindre et faire passer avant soi-même, juste parce que j'ai l'air misérable comme ça ? Je le dévisage, l'air hagard, perplexe. Je ne sais pas. Je n'ai pas la réponse. Ce ne serait pas la vérité de dire que Yukihiro est coupable de tout ce qui s'est produit dernièrement : je suis le seul déclencheur de tout cela, le seul et unique élément perturbateur à notre histoire inachevée. Je suis celui qui l'a voulu autant qu'il ne l'a pas désiré, celui qui aime sans le savoir mais qui en a en même temps pleinement conscience ─ celui qui a besoin du froid pour se réchauffer et puis celui qui se questionne en permanence : qui hurle, qui crie, qui crache son cynisme perforant en ayant juste besoin d'une main dans la sienne, pour apprendre à sourire rien qu'un peu, et sans doute même commencer à se soigner. De simples doigts à serrer et à ne jamais lâcher, pas ceux de n'importe qui mais surtout ceux de l'âme-sœur, celle qui nous est normalement prédestinée avant même la rédaction de l'histoire. « Tu vas me prendre pour un con, et c’est ce que je suis, j’avais tord. Je suis l’indécis dans l’histoire, je te crache à la figure et viens t’implorer de me pardonner ensuite, tu dois te dire que je me moque de toi mais… » Mais clairement, ouais, tu te fous de ma gueule, juste parce que tu te mets dix pieds sous terre juste pour ma tronche, juste pour un salaud comme moi ; c'est ce que j'ai envie de lui dire, c'est ce que j'ai envie de lui balancer à la figure, puisqu'une torgnole ne suffit pas et ne suffira sûrement jamais à lui faire comprendre. De toute façon, comment est-ce qu'on en est arrivés là ? Au début, je n'étais que l'inconnu, le mec qui n'intéresse personne et surtout pas un jeune homme comme Yukihiro, qui semblait alors bien heureux de pouvoir vivre aux côtés de son frère adoré. Je me remémore encore la joie avec laquelle il s'adressait à son ainé, tandis que celui-ci lui répondait comme s'il s'agissait d'une routine, d'une vieille accoutumance dont tous deux étaient les hôtes. Je regardais la scène se dérouler de là où j'étais, de là où je séjournais en permanence ─ et en les voyant nouer une telle complicité au fil des jours, de mieux en mieux, de plus en plus, je me disais alors que, quelque part, Nami et moi, on aurait pu être pareils jusqu'à la fin. Mais tout a une fin, que celle-ci soit retardée ou non : et Yukihiro l'a connue aussi, la fin. On l'a vécue tous les deux et on sait ce que ça fait, ce sentiment frustrant et terriblement tenaillant qui absorbe tout espoir et toute volonté de relever la tête, pour se persuader qu'il reste encore du chemin à faire. Au final je n'ai plus désiré être un étranger, j'ai voulu me sortir de cette vision qu'il pouvait avoir de moi en lui prêtant mes bras, mon épaule sur laquelle je l'ai laissé déversé ses larmes intarissables, les mêmes que j'avais pu avoir il y a de cela des années. J'ai fréquenté tout ça, je me suis vu en Yukihiro : j'ai compris, je l'ai écouté, et j'ai aimé sa détresse. Je l'ai aimée autant que je l'ai détestée parce qu'elle me prouvait enfin qu'il y avait quelqu'un sur qui je pouvais veiller, quelqu'un avec qui partager ma peine que je m'efforce de noyer ─ quelqu'un que je peux embrasser du regard sans qu'il ne fuit, sans qu'il ne m'ordonne d'arrêter. Jusqu'à ce jour, tout compte fait.

« T’es nos larmes dans le métro, t’es le supplice de la séparation. T’es un câlin prolongé, t’es ma chemise sur mes épaules. » Je l'observe comme un prédateur patient, attentif. J'attends, les mèches lumineuses, le teint plus pâle qu'un spectre fatigué. Je n'ai pas envie de parler maintenant, je sais qu'il a autre chose à dire, qu'il n'est pas simplement venu pour me dire ces quelques mots et repartir. Je devine aussi qu'il se prépare à attendre une réponse de ma part ─ et je la lui donnerai, cette réponse qu'il désire tant, lorsque j'aurais enfin fait le tri dans mes pensées et dans mes songes lentement brûlés à petite flammèche. Pour le moment, ce sont les souvenirs de son visage déformé par l'incompréhension, ma supplication afin qu'il se rende compte et ses mots aussi perforants que des éclats de verre qui occupent mes pensées, qui réussissent de temps à autre à écarquiller légèrement mes yeux, sous un battement de cœur trop douloureux. Je veux Yuki auprès de moi, je l'ai toujours voulu, et je ne sais pas pourquoi mais je me surprends de plus en plus à souhaiter des choses que je n'ai jamais éprouvé pour personne d'autre que lui. Si je le vois, j'ai envie de le toucher, et si je le touche, j'ai envie de l'embrasser. Si je l'embrasse, je perds le nord, et si je ne me contrôle plus, j'en prends pour autant conscience et je veux alors tout arrêter, pour ne pas m'engager sur des pentes risquées et des allers sans retour. J'ai déjà fait ce genre de chose, je ne peux pas prétendre n'en avoir jamais eu envie, mais jamais autant qu'avec lui, jamais avec la même passion et le même cœur que j'y mets, quand il s'agit de le regarder, de l'écouter, de lire ses messages, d'emprisonner son menton, de le prendre dans mes bras le temps qu'il sanglote, de passer ma main dans ses cheveux et de l'insulter affectueusement, comme je n'ai plus cessé de le faire depuis la première fois. Oui, je le veux, tout ça : c'est la vérité vraie, c'est la réalité qui nous entoure, celle sur laquelle je veux fermer les yeux, tant elle me paraît destructrice et bien trop hors-norme. Mais pourtant j'aime ça, je ne peux plus m'en passer dorénavant, et je ne peux pas exiger de telles choses de la part de Yuki. Ce serait faire du mal à une jolie entité, à quelque chose qui mérite de perdurer dans cette petite bulle spéciale qu'on appelle le bonheur.


« T’es mon récit, t’es mon souvenir. T’es mon tourisme, t’es ma ville, t’es mes cigarettes.  T’es une chatouille, t’es le visage que l’on découvre en ouvrant les yeux. T’es la sérénité, la quiétude. » Parce que je sais que je vais le blesser, un jour ou l'autre, comme j'ai pu le faire il n'y a pas si longtemps que ça, alors qu'il avait fait l'effort de me détendre, de me montrer à quoi ressemble la sérénité, rien qu'un seul et unique instant. C'est une autre preuve qui s'ajoute à mon lot d'arguments, même si je l'ai en quelque sorte fait exprès ─ même si j'ai tout mis de côté pour me faire passer pour le dernier des connards, pour le persuader qu'il pouvait se sauver plus tôt que prévu. Après tout, c'était également un signe de vérité : je ne savais pas quoi faire, je ne savais plus, et dès l'instant où je me suis senti attiré contre lui à la manière d'un aimant, j'ai su que j'allais le regretter, et que ma gourmandise inexplicable allait une nouvelle fois me faire défaut. Dans l'histoire, ce n'est pas Yukihiro le fautif : c'est moi. « Pardon. Pardon. Pardon. Mille fois pardon, je ne te le dirais jamais assez. Pardon. Je t’ai fait trop de mal, je ne mérite même pas que tu poses tes yeux sur moi. » Je pose ironiquement mes yeux sur lui. « Mais j’ai besoin que tu saches à quel point je m’en veux. Tabasse moi, tue-moi, étrangle moi, abandonne moi, mais entend au moins ça, je suis désolé. » Je me mords les lèvres, tandis que la complainte du vent rugit au fond de cette ruelle et dans nos oreilles. Pardon, pardon, pardon. Ce simple mot résonne en continu dans mon esprit, comme si des centaines de voix me le chuchotaient, me le suppliaient : m'imploraient l'indulgence, l'indulgence injustifiée. Parce que putain, qui suis-je pour le pardonner ? Qui suis-je pour penser à le rabaisser à mes pieds comme un vulgaire chien, et prétendre lui attribuer ma miséricorde, ma soi-disant parole d'honneur ? Je suis personne, je suis le roi des délinquants qui abuse de l'innocence fascinante et séduisante d'un gamin de dix-huit ans, d'une petite étoile que je me suis juré d'essayer de protéger, d'éloigner de tout malheur. Mais ne suis-je pas ce fameux malheur ? Ne suis-je pas l'incarnation-même du vice, du mal, de la débauche, de la tentation, de la drogue robuste et invincible ? Je ne suis en rien bénéfique à Yuki, et je ne comprends moi-même pas pourquoi il refuse de s'en rendre compte, pourquoi il tient tant à ce que je l'excuse et le tabasse, comme s'il avait été coupable d'une quelconque erreur, d'une banale inadvertance. Après tout, il a eu la mauvaise idée de m'adresser la parole, quand je me suis retrouvé seul à seul avec lui, ce premier jour qui signait inconsciemment les prémices d'une rédemption, rassurante rédemption ─ naïve rédemption. Il mériterait bien de se faire remettre les idées en place, c'est vrai ; mais j'ai l'impression que ce coup de poing que je lui ai asséné m'a vidé de toutes mes forces, m'a réclamé toute l'énergie de mon pauvre mental mis à l'amende.  Je me sens incapable de bouger, incapable de faire le moindre geste ─ incapable de comprendre, inapte à placer des mots sur tout ce que je ressens, sur tout ce que j'ai envie de lui confier. Je ferme les yeux en fronçant les sourcils et me pince l'arête du nez, comme si une migraine soudaine prenait d'assaut mon esprit. Il ne m'a jamais quitté non plus, ce mal de tête perpétuel ─ cette souffrance que Yukihiro apaise instantanément quand il est à mes côtés, et que la joie et la puérilité glissent sur ses lèvres, maquillent son visage et articulent ses gestes, tout juste comme un pantin dicté par l'impulsivité, la sincérité candide et ingénue d'un enfant que l'on souhaiterait préserver du danger du monde. Je soupire un instant, je suis désorienté. J'attrape spontanément le briquet dans la poche de mon gilet, pour le triturer dans mes mains, comme j'en ai l'habitude. « Pourquoi tu t'excuses ? T'as pas à le faire, arrête. Me prends pas en pitié, j'en ai pas besoin, si c'est arrivé c'est que je l'ai mérité et j'ai fini par m'y faire, c'est tout. » Je le scinde d'un regard glacial, dénué de toute douceur et de toute trace de ce petit quelque chose, qu'il avait le don d'éveiller rien qu'en me parlant. Il n'a pas à se sentir compatissant pour moi, je n'en ai pas besoin et je n'en ai jamais eu besoin. Surtout pas de sa part à lui, surtout pas. « Je vais pas te pardonner, j'ai aucune raison de le faire. Pourquoi tu viens me demander ça ? T'as eu raison, t'as eu raison de me jeter, j'te le dis là maintenant. Je t'ai fait du mal, je risque de t'en refaire, aux dernières nouvelles t'es pas aussi maso que moi, alors ouais t'as eu raison. » Je n'ai pas pour habitude de parler autant, mais il m'a laissé le champ libre alors c'est un peu ma nouvelle façon de me défouler, de chercher des mots qui ne suffiront jamais à exprimer ce que je veux vraiment dire. Pas forcément parce que mon vocabulaire est restreint, il ne l'est même pas ─ juste parce que, quelque part, ça pourrait dépasser la frontière du descriptible. « Ouais t'es un con, c'est ce que t'attends de moi ? » Je fais un pas vers lui, une veste sanguinolente sur les épaules, un briquet coincé entre des doigts tâchés de plasma. J'ai le regard qui ne veut plus se détacher de lui, je veux lui dire ce que j'ai sur le cœur et ne pas lui cacher ma vérité. « T'es aussi con que moi, aussi fou et aussi borné que je ne peux l'être. Tu me donnes envie de faire des choses terribles, et j'sais pas, j'sais pas pourquoi, mais depuis que j'suis parti comme ça, bah j'me sens pas bien non plus. » Je fronce les sourcils, le détaille d'un air rancunier, comme si je lui en voulais alors que, pas du tout. Je ne lui en veux pas, je ne lui en ai jamais voulu mis à part ses paroles déplacées sur Nami, et ça ne me pose pas de problème qu'il y ait pensé sur le coup. Ça m'a juste énormément blessé, même si encore une fois, ce n'est pas une nécessité qu'il s'excuse. Lui aussi a été franc, après tout. Il devrait.

« T’es un dessin au fusain, t’es mes mains noires à quatre heures du matin. T’es une nuit réconfortante, t’es un tu m’as manqué ─ t’es éphémère. » Je détaille en silence cette vision que j'aime tant, que j'ai longtemps voulu revoir, rien qu'une petite fois, rien que quelques minutes ou secondes. Ses cheveux sont beaux ainsi, ils ressemblent au plumage d'un corbeau chétif, et à l'instant je me demande bien à quoi s'apparentait déjà la sensation de passer ma main dans ses mèches d'ébène, ses mèches qui brillent sous la faible lumière du réverbère. Je n'arrive plus à m'en souvenir, et les événements actuels font que je ne suis concentré que sur une seule chose : ce que j'ai à lui dire, là, maintenant, du moment que nous sommes seuls tous les deux, quoi que deux ou trois rats seraient plutôt tentés de nous espionner au détour de cette allée. Entre temps, je me remémore difficilement sa violente supplique de me voir lui dire je t'aime, de me voir me déclarer à lui, lui avouer quelque chose que je ne suis même pas sûr de tout à fait saisir. Je plisse les lèvres, j'ai le cœur qui cogne soudainement, comme si j'allais en vomir mes artères. Je ne comprends de nouveau plus, et je laisse ma conscience dicter mes paroles désabusées. « Tu sais j'y repense, là. » Mon regard croise un instant le sien, ça m'encourage à continuer sur ma lancée. C'est un peu comme sa main dans la mienne, ce toucher léger et aérien qui me motive à ne plus pleurer, à ne plus regarder en arrière. Ça a un effet bizarre, qui te tord l'estomac dans tous les sens, mais ça te fais du bien alors c'est plutôt pas mal.

« Depuis tout ça j’ai mal au cœur aussi, puis j’ai l’estomac en pleurs, j’ai les mains qui tremblent parce que j’sais pas dire je t’aime. Personne me l’a appris, en réalité je l’ai jamais dit. Puis, j’sais même pas ce que ça veut dire je t’aime, ça se trouve je veux te dire autre chose, j’peux pas savoir. »

Je fais un pas de plus, je sais qu'il n'oserait pas reculer. J'ai le besoin inconscient de combler notre proximité, mais je ne m'approche pour autant pas de lui aussi près que nous avions l'habitude de le faire, il y a de cela quelques mois. Je tiens à préserver une distance, à établir des lignes ─ je ne veux pas perdre ma raison et me laisser conduire par mes désirs et mes réelles intentions, ma seule et unique intuition, meurtrière intuition.

« Si je te tabasse, je m'immole. » Tabasse moi. « Si je te tue, je crève comme un con, je m'auto-mutile les veines sans possible hémostase. » Tue-moi. « Si je t'étrangle, je casse quelque chose de beau, je détruis le seul truc donc j'ai besoin pour me sentir bien. » Étrangle moi. « Si je t'abandonne, espèce de sale gosse, » Abandonne moi. « je mourrais en tant que gros fils de pute ouais, et pas en tant que ce que je veux être pour toi. » Mes sourcils se froncent aussitôt sous l'ampleur de mes propos. Je le pense, je suis franc, si fort et tellement que je voudrais lui hurler ces mots pour qu'il se les mette en tête, pour qu'il ne redise plus jamais de telles choses. Je ne le veux pas et je me fiche que ça soit bon ou non pour lui : je n'accepte pas, et c'est comme ça. Entre temps, j'allume d'un air pensif mon briquet, occupé à admirer pitoyablement l'amie chatoyante. Cette petite flamme qui en jaillit se met à scintiller quelques instants, avant de mourir dans un vacillement caractéristique, et de cesser d'éclairer notre promiscuité, tentatrice promiscuité. Son visage se fond dans les ténèbres un instant, mais je peux le sentir me regarder de là où il est, alors je détourne les yeux, l'air irrité : l'expression fermée. Je ne sais plus quoi dire, alors j'énonce ce qui me passe par la tête, ce qui me traverse l'esprit en ce moment-même. Après tout, ne serait-ce pas notre dernière rencontre ? Au fond, je me refuse d'y croire. « Et, t'es vraiment qu'un sale petit con.. Mais tu m'as manqué. »
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Dim 24 Jan - 17:06
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You’re hidden in a place where I can’t see you

Le silence est le plus atroce, le plus long, le plus glacial, plus froid que l’air autour de nous, et peut-être un peu moins que son visage à lui. Ce visage que je n’ose même pas regarder, ces yeux que je ne peux plus soutenir. Je voudrais parler, encore, étouffer ce vide insupportable, dire tout, même ce que je ne dois pas, toutes les bêtises, toutes mes pensées, tout les mots qui se forment sur ma langue sans cohérence. Plus que tout, j’aimerais écouter sa voix, rendue rauque par la cigarette même si j’ai peur du ton qu’elle pourrait prendre. De toute façon, dans cette ruelle plongée dans la pénombre, où le givre fait scintillé l’asphalte, il n’y que d’une chose dont j’ai conscience, c’est de ma propre peur. La présence habituellement si rassurante en face de moi n’est plus qu’un être incertain, aussi imprévisible qu’aux premiers jours. Je ne peux me raccrocher qu’à ses souffles, et les battements anarchiques de mon cœur en attente, de souffrir, de se déchirer un peu plus encore, pétri dans l’espoir étriqué que tout redevienne comme avant.

J’ai espéré si fort qu’il me frappe, comme un moyen unique et douloureux d’expier mes pêchers, ces saintes horreurs que j’ai pu lui balancer, sans même les penser, simplement abruti par la colère et la douleur. Une douleur sourde dont j’ignore jusqu’à la cause, immatérielle, et qui pourtant est devenue chronique depuis qu’il est parti. Si son poing avait pu m’en guérir, me la faire oublié. Cela n’a marché que le temps d’une seconde, alors que mes sens se concentraient tous sur ce point sanguinolent de ma joue, où la pulpe a éclaté sous les phalanges de Haku. Mais voilà, la blessure ne fait plus que brûler, et le mal est revenu, il s’amplifie à chaque seconde de silence. Que faut-il faire pour en être libéré ? Qu’il me batte à mort comme ce type un peu plus tôt ? Ça en devient presque tentant, et je me prends à souhaiter goûter à cette passion dont il fait preuve lorsqu’il s’acharne à briser un autre humain. C’est un beau suicide. Je parviendrais presque à comprendre Ren à présent. C’est ce genre de désespoir qui vous fait croire qu’on est mieux ailleurs, que la souffrance n’a pas de prise sur un cadavre. L’inéluctable abattement qui vous rend si faible que tout à coup, que tous les démons opportunistes s’empressent de vous bouffer le cœur.  

Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, c’est toujours Haku qui a le dernier mot. Borné, perdu dans son obstination qu’il est mauvais, dans sa prétendue connaissance de ce qui est bien. Pourtant, j’ai besoin de lui, tellement besoin de lui. Bien plus sans doute que lui a besoin de moi. Il a ses substituts, l’alcool, les drogues, tout ça, ça peut l’aider à oublier, à apaiser ses douleurs. S’il s’en va, je suis tout seul, et cette absence là, ironiquement, me semble plus insupportable encore que le départ de mon frère. En un an, il a comblé et plus encore le vide laissé par un ainé suicidaire. Peut-être que c’était une erreur de m’attacher à lui, c’est ce qu’il dira. C’est ce que les gens penseront. Alors c’est la plus belle erreur de ma vie, et je veux continuer à me tromper, aussi longtemps qu’on m’en accordera la possibilité. Même si ça doit s’arrêter maintenant, dans dix minutes, dix jours, dix ans, tant que je pourrais jouer l’imbécile, nier l’idée que oui, c’est une connerie, je me contenterais de répondre, par rapport à quoi ? Qui sait à l’avance quelle réponse est correcte ? Qui a dit que ce que je ressens est faux ? A mes yeux, et je voudrais lui dire, tout ce qu’on a pu vivre c’était la vérité, bien loin de cette fichu perfection qu’on nous vend en barre dans cette ville.

Et le silence persiste, même lorsqu’il se revêt finalement du manteau que je lui tends, le posant négligemment sur ses épaules que j’ai tant aimé caresser il y a de cela à peine un mois. Le satin de son épiderme n’est plus qu’un souvenir vaporeux. En comparaison à sa peau, tout me semble bien rêche et froid. Je regrette sa chaleur, l’étau délicieux de ses doigts autour de ma main, les battements de son cœur contre mon oreille, tout ces petits détails auxquels ont ne prête pas attention sur le champ, mais qui, une fois disparu, si brutalement au demeurant, deviennent rapidement un vide terrifiant que rien ne peut combler. Est-ce réellement de l’addiction ? Ou simplement le plus naturel des besoins, celui d’être heureux. Je ne pourrais pas l’appeler autrement, j’étais heureux de le sentir contre moi, j’étais heureux avec Haku. J’aime ce qu’il est, l’incarnation même de la vérité, celui qui ne cache rien, qui sait se montrer tel qu’il est sans en avoir honte, et qui ne laissera jamais personne le changer. Je ne veux pas qu’il change, je ne veux pas qu’il disparaisse. Pourtant, c’est ce que mes mots, si cinglants, ont laissé sous entendre ce matin là, qu’il devait s’adapter à mes désirs idiots et individuel. J’ai voulu aller au-delà de l’apprivoisement, le soumettre à moi par colère, parce que j’avais envie de ses baisers comme une gosse d’un bonbon, et qui se roule par terre jusqu’à ce qu’on cède. Mais je ne suis plus un gamin, et Haku n’a pas cédé. Et j’ai été puni. On obtient jamais rien en forçant les autres, et dans cet élan de frustration, j’ai non seulement été privé de ma friandise, mais aussi, et pour toujours, de celui dont j’ai si cruellement besoin. 


Je sais qu’il me regarde, je sens la brûlure de ses pupilles sur ma peau. Et je m’obstine à les fuir, terrifié parce que je risquerais d’y lire. Je veux rester prisonnier de ce déni aussi longtemps que possible, noyé dans un espoir insensé. Et je m’y laisse couler. Tout ça me donne l’air si misérable, perdu volontairement dans la l’ébène de ma chevelure, les dents scellées pour éviter qu’elles ne claquent. De peur ou de froid, qu’importe. Une simple ombre fondue dans la nuit, égaré dans cet univers blanchi de neige. Je suis le type paumé dans la vie, qui n’a jamais rien su faire sans qu’on lui tienne la main, à peine respirer, et pour la première fois, enfin, il y a quelque chose que j’ai réalisé seul, dans l’isolement de mon appartement, l’océan dépeuplé qu’est ma vie si pitoyable. Et ce que j’ai trouvé tout seul, je ne suis pas sûr de devoir l’avouer. Je sais que ça aurait des conséquences, si je devais le dire à Haku, mais comment prévoir lesquels ? Comment être sûr que cela ne brisera pas un peu plus son cœur, et le mien ? Je ne veux plus d’Haku comme un substitut de Ren, il n’est pas mon frère. Il n’est plus non plus une bouée, des bras et un corps pour soulager ma détresse. Je n’ai pas besoin de lui pour soigner ce deuil. A présent, c’est son absence qui crée des douleurs, nouvelles plus intolérable encore. Il est la première personne qui a accepté sans se moquer le fait que je ne pouvais pas m’exprimer convenablement devant les gens, qui ne m’a jamais vu comme un faible, qui continue de m’appeler son petit homme, et bordel oui, ça me fait du bien. J’aime qu’il m’appelle comme ça parce qu’il dit que je suis un homme. Pas un gamin, pas une fille qui pleurniche, mais un homme, il me voit comme ça. Comme le sien. Je veux être son homme. Petit s’il veut, con, avec plaisir, mais qu’importe l’adjectif, tant que subsistent ces deux mots.

Je sais bien que je suis faible, ça n’a jamais échappé à personne. J’ai utilisé Ren comme excuse à cela, comme excuse pour pleurer, pour m’effondrer dans les bras de ce type aussi souvent que j’en avais envie. Et j’ai peur, peur de tant de chose. C’est tout et son contraire. Je crains de trop l’aimer et suis terrifié qu’il ne s’en aille. C’est trop nouveau pour ne pas être effrayé, c’est la première fois que je m’attache à ce point à quelqu’un, il est pas pareil, il ne ressemble en rien à toutes ces personnes que j’ai pu rencontrer et aimer dans ma vie. Alors oui j’ai très peur, et pourtant j’ai envie de voir ce qu’il pourrait arriver. Du moins, aurait pu arriver avant que je ne joue l’idiot. Je suis fasciné par ce qu’il provoque à chaque fois qu’il est là, par la façon dont mon cœur bat sans rythme dès qu’il me touche. Ce n’est pas quelque chose qu’on ressent tout le temps, et c’est d’autant plus captivant. Pour la plupart des gens, Haku est un connard, un type vulgaire, on ne devrait même pas se fréquenter, et je devrais naturellement le mépriser, parce que je suis un bon garçon plutôt pas trop mal né. Alors la plupart des gens sont des idiots, à moins que ça ne soit moi. Mais je me plais à croire que j’ai vu en ce garçon un peu borderline ce que peu de gens, peut-être pas même ses parents ont su déceler. Je ne suis ni aventureux, ni attiré par le danger, et le fait est que je ne pense pas qu’Haku soit dangereux, parce qu’il n’y a que dans ses bras que me sens en sécurité, il n’y qu’avec lui que je suis à l’aise, que je peux être l’adolescent bavard qu’habituellement on ne voyait qu’à la maison, bien à l’abris derrière les murs de l’appartement familiale, sous les yeux habitués de mes parents et de mon frère. Je n’ai pas peur de lui, j’ai juste peur de son absence, de son rejet. Et tant pis si un jour, ça se finit mal, même si c’est aujourd’hui. Je chérirais à jamais ces mois passé ensemble, je ne regretterais pas d’avoir goûté à ses baisers, et je me rappellerais toujours que j’ai eu la chance de connaître Haku mieux que la plupart des autres personnes. La seule chose sur laquelle je lamenterais enfin, c’est de l’avoir fait souffrir comme je l’ai fait. Je lui en voudrais aussi pour une chose, c’est d’insister sur le fait qu’il n’est pas bon pour moi de rester avec lui. Comment lui faire comprendre un jour qu’il est la plus belle chose qui me soit arrivé, celui qui m’a aidé à grandir et qui m’a appris à exister, ne serait-ce que pour une personne. Je ne nierais jamais ses défauts, mais c’est ainsi que j’ai décidé de l’accepter. Il a le droit de me repousser, mais il ne peut pas m’empêcher de l’aimer, je continuerais toujours de le faire en secret. Je pourrais lui donner mille preuves de la manière dont il a contribué à faire de cette année de deuil l’une des plus heureuse de ma vie. Sa présence, sa chaleur, ses doigts dans les miens, sa main dans mes mèches, et ses mèches sous mes doigts, la lueur de son regard et la pâleur de sa peau, sa voix rauque et rare, ses délires éthyliques, son gâteau pour mon anniversaire. Ses bras pour dormir, ses insultes qui me ramène à la terre, ses lèvres contre les miennes, son souffle sur ma joue, son poing aussi. Je passerais des heures à tout lui énumérer, pour qu’il le sache. De quelle manière il a fait battre mon cœur, plus vite, et rependu dans mes veines les plus délicieux sentiments.

Tout ça, ça ne calmera pas ma douleur de le perdre, mais si c’est lui qui le décide, alors encore et toujours, je ne pourrais pas lutter. C’est moi qui l’ai accusé, insulté, critiqué. Qu’il me frappe, qu’il me brise, qu’il me tue, je le vivrais mieux que toute autre forme d’indifférence. C’est bien beau, de se forcer à penser que c’est pour le mieux, mais au fond, ça n’ira jamais plus si Haku s’en va, et même les souvenirs ne suffiront plus à combler ce manque terrifiant. Lentement, mes paupières se ferment à l’instant où je l’entends souffler, et je sens presque instinctivement que c’est maintenant, qu’il va répondre à présent, et que je dois me préparer à encaisser, sans savoir de quelle intensité sera la gifle imaginaire. « Pourquoi tu t'excuses ? T'as pas à le faire, arrête. Me prends pas en pitié, j'en ai pas besoin, si c'est arrivé c'est que je l'ai mérité et j'ai fini par m'y faire, c'est tout. » C’est faux. Tellement faux. Jamais tu n’as mérité que je ne te traite comme ça, pas après tout ce que tu as fait pour moi, pas après avoir été aussi exemplaire, gentil, attentionné. Pas après m’avoir offert un si bel anniversaire, alcoolisé certes, mais j’ai l’habitude, et tu m’as fait rire, au delà des mots. Comment je pourrais exprimer le bonheur d’avoir vu apparaître ta tête de pochetron au dessus de la mienne quand tu es venu me réveiller en pleine nuit ? J’ai été injuste et dégueulasse, alors arrête, arrête de toujours tout ramener à toi. Je ne veux pas rouvrir les yeux, et je ne sens que trop bien son regard sur moi, aussi glacial que les flocons qui s’insinuent dans mon col et vient chatouiller la peau nue de mon cou. Je n’ai pas pitié de lui, j’ai honte de moi. Sa dernière réplique à percer mon cœur de part en part. Il s’y est fait. Si moi je ne peux pas supporter mon absence, comme je l’ai prévu, lui s’en remet sûrement très bien. Au final, qu’est ce que je suis pour Haku, a part un gosse qu’il s’est senti obligé de supporter parce que trop gentil pour m’envoyer balader avec ma douleur. « Je vais pas te pardonner, j'ai aucune raison de le faire. Pourquoi tu viens me demander ça ? T'as eu raison, t'as eu raison de me jeter, j'te le dis là maintenant. Je t'ai fait du mal, je risque de t'en refaire, aux dernières nouvelles t'es pas aussi maso que moi, alors ouais t'as eu raison. » Chaque mot est une supplice. Je m’arrête d’écouter à l’instant où il annonce qu’il ne me pardonnera pas. Je n’arrive même pas à tenir sur mes jambes. C’était tellement prévisible et pourtant ça n’en est pas moins insupportable. Mes doigts tremblant viennent agripper nerveusement le bord de mon sweatshirt et triturent le tissu comme une substitut inutile, quelque chose pour m’empêcher de penser, de pleurer là maintenant. De m’effondrer. Alors qu’il s’approche, me demandant si je n’attends que de lui qu’il m’insulte, je ne trouve pas la force de reculer, ni même d’esquisser le moindre mouvement. Mes yeux sont hermétiquement clos, je n’entends que ses pas qui claquent sur l’asphalte, son souffle un peu plus proche, et mon cœur qui tambourine tout mes oreilles.

« T'es aussi con que moi, aussi fou et aussi borné que je ne peux l'être. Tu me donnes envie de faire des choses terribles, et j'sais pas, j'sais pas pourquoi, mais depuis que j'suis parti comme ça, bah j'me sens pas bien non plus. » Je hoquète, comme si je respirais pour la première fois, emplissant brusquement mes poumons asphyxiés d’un air trop froid. La révélation m’assomme, aussi sûrement qu’un coup à l’arrière du crâne. Lentement, mes paupières se délient, et alors qu’il continue, je prends enfin le courage de lever les yeux vers lui, timidement, la tête encore basse, juste sous mes sourcils. Pétrie d’un fol espoir tout à coup, celui de lui avoir manqué. Il me regarde aussi, les traits raidis par la rancœur, et je lutte pour ne pas détourner à nouveau les yeux, à soutenir cette peine et à assumer le mal que je lui ai causé. « Depuis tout ça j’ai mal au cœur aussi, puis j’ai l’estomac en pleurs, j’ai les mains qui tremblent parce que j’sais pas dire je t’aime. Personne me l’a appris, en réalité je l’ai jamais dit. Puis, j’sais même pas ce que ça veut dire je t’aime, ça se trouve je veux te dire autre chose, j’peux pas savoir. » Et il s’approche encore, et je ne bouge pas d’avantage, j’écoute juste. Je ne sais pas non plus ce que ça veut dire, je t’aime. Personne ne me l’a jamais dit, et je ne l’ai pas dit non plus. Quelque part, je sais que ce sont des mots importants. A partir de quel moment, à quel niveau de certitude est-ce qu’on peut dire à quelqu’un qu’on l’aime ? Ces mots sont effrayants, inconnus, plein de doutes et de convictions. Cette proximité que l’on retrouve peu à peu, pour la première fois depuis un mois, ce corps blanc drapé de rouge, cette main poisseuse de sang, est-ce que je les aime ?


« Si je te tabasse, je m'immole. » Je t’aime. « Si je te tue, je crève comme un con, je m'auto-mutile les veines sans possible hémostase. » Je t’aime. « Si je t'étrangle, je casse quelque chose de beau, je détruis le seul truc donc j'ai besoin pour me sentir bien. » Je t’aime. « Si je t'abandonne, espèce de sale gosse, » Je t’aime. « je mourrais en tant que gros fils de pute ouais, et pas en tant que ce que je veux être pour toi. »

La flamme de son briquet jaillit dans le noir, annoncé par le crissement caractéristique du silex métallique. Je sursaute, arraché soudainement à ma contemplation de son visage, fermé, contrarié. Je l’ai écouté parlé, avec toute l’attention du monde, et pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir compris. Je suis comme sourd et aveugle, uniquement obnubilé par la finesse de ses traits éclairés par la lueur orange et minuscule, qui meurt lentement entre des doigts, rendant à la nuit ses droits sur la ruelle, alors qui lâche le point final.« Et, t'es vraiment qu'un sale petit con… Mais tu m'as manqué. »

Le nœud dans ma gorge se dénoue instantanément, et un flot incontrôlé se déverse dans mes veines. Un long râle s’échappe d’entre mes lèvres alors que mes jambes me disent finalement merde. Je me laisse glisser à même le sol, laissant la neige imprégner mon jean. Mes mains agrippent avec toujours plus de fébrilité les pants de mon gilet, blessant ma peau sur le métal de la fermeture éclair. Un sanglot bruyant me secoue et ces larmes insoumises reviennent inéluctablement rouler sur mes joues blessées. Il va avoir pitié, encore, comme à chaque fois, parce que je n’ai jamais su contenir les trop plein de sentiment, à croire que le barrage est chez moi plus bas que chez le reste de la population. La moindre vague et il cède. Pourquoi j’éprouve un tel soulagement à l’entendre dire que je lui ai manqué ? Brusquement, ma terreur s’est amoindrie, et ça me fait tellement de bien que mes yeux s’inondent sans permission. Je tousse, je souffle, je chiale, comme un con, mais c’est plus fort que tout, c’est tout ce que j’ai retenu ce soir, ce mois-ci, toute cette frustration qui s’écoule enfin hors de moi. Le sel de mes pleurs brûle l’hématome sur ma joue, mais je m’en fous, j’en ai juste besoin. Et je dois lui dire, tout ce que je ressens maintenant, même si c’est pas cohérent, et qu’il n’y comprendra sûrement rien, je dois lui dire coûte que coûte.



« Putain Haku, tu m’écouteras jamais hein ? » J’ai l’air pitoyable, avec mon nez qui coule et mes yeux rouges, mes mèches humides, à genoux dans la neige grise. Et j'en deviens vulgaire, mais c'est une manière comme une autre d'exprimer ma vraie pensée. J'ai un bon professeur pour ça. « J’avais tord, et tu n’as jamais mérité que je te parle comme ça. Et merde, je veux être avec toi quoi qu’il en coûte, je m’en fiche que tu sois un drogué, un alcoolique, une racaille, et je m’en fiche des autres, peu importe ce qu’il peut arriver, ça a pas d’importance, ça sera jamais pire que de te perdre. Je veux être ton petit homme, ton petit con, tout ce que tu veux. J’ai cru crevé tu sais, tu m’as manqué plus qu’on ne m’a jamais manqué. » Un flot continu de parole et de larme s’échappent d’entre mes lèvres, et je suis incapable de baisser la voix, je le crie, je le hurle, ce que je pense vraiment, ce que je veux qu’il comprenne, qu’il n’oublie jamais. Même si j’ai conscience que c’est vraiment ridicule, et que je suis loin de l’image d’un homme fort, fort comme lui. « Je regrette tellement de t’avoir fait tout ces reproches. Tu sais, t’es pas obligé de dire je t’aime, et t’es pas obligé de m’embrasser non plus si tu veux pas. T’es pas obligé de me parler, ni de venir me voir, ni de m’appeler. Mais… Mais si tu décides de le faire alors… alors sache juste que moi je t’attendrais toujours, et que rien n’a d’importance du moment que tu te sens bien. »

Je t’aime.

Kill me
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...

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Dim 31 Jan - 1:01
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Now you shouldn't be scared


Est-ce que c'est moi ? Est-ce que c'est moi qui provoque ça ? Je plisse imperceptiblement les yeux, ma lèvre inférieure saignant de surcroît sous la morsure que je m'auto-inflige. Est-ce que c'est moi qui suis l'auteur de ces larmes soudaines, de ces perles damnées et salées qui roulent le long de ses joues, qui dévalent son visage translucide à m'en faire mal, à m'en infliger une souffrance plus terrible encore que ce que j'aurais pu vivre ce dernier mois ? Est-ce que c'est moi le coupable de tout ça, le coupable d'une éventuelle douleur qui lui arracherait l'estomac et lui briserait le cœur en mille morceaux ─ le coupable de cette lancinante plénitude que je ne connais que trop bien, pour lui, pour nous ? Celle qui frappe en permanence à ma porte, depuis que je l'ai quitté sur ces terribles et douteuses conditions, que j'ai encore du mal à admettre tellement ça paraît salaud ? Ce doit sans doute être ça. Ce doit bien évidemment être moi, le seul et unique connard inconscient dans l'affaire ; mais le paradoxe d'être tout de même conscient de cette réalité me hante, me fait faire les pires conneries possibles et inimaginables que bien malgré moi, j'arrive encore à assumer jusqu'à la fin. Comment puis-je faire ? Être un tel monstre en lui promettant le meilleur pour lui, pour que toutes mes intentions n'aboutissent finalement à rien, à rien à part de la douleur et du chagrin. Suis-je si maudit que ça ? Ou serait-ce tout simplement moi, moi qui suis un problème pour tous ceux que je croise, que je rencontre, que j'aime ? Les expériences passées ont été marquantes et en sont des preuves irréfutables, mais je refuse de croire que je vais perdre Yuki par ma connerie. Pas encore, pas une nouvelle fois : ce serait le coup de grâce, le point final, la douloureuse conclusion. Je flancherais définitivement tellement la vie aura été une putain, tellement j'aurais été un un connard chronique comme on n'en voit presque plus de nos jours.

Et puis, ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vu pleurer ainsi ; du moins, longtemps selon ma vision des choses, parce que ça doit en réalité remonter à un mois et qu'à l'instant-même, je n'ai plus vraiment le total contrôle sur mes souvenirs. Pleure-t-il seulement avec moi ? Cette question profite de l'instant pour faire surface dans mon esprit, pour germer à la manière d'une graine tout juste découverte, que l'on n'avait jamais eu l'occasion d'observer auparavant. C'est vrai, c'est bel et bien la première fois que je m'interroge là-dessus, et rien que d'en être conscient, ça me bouleverse ─ ça me surprend. Pour autant que je sache, il n'a pas toujours pleuré par ma faute : l'abandon de Ren a réussi à le marquer définitivement ─ encore mieux qu'une page déchirée, encore mieux qu'une tache d'encre au beau milieu des lignes d'un livre, qu'un hurlement sourd au sein d'une foule impassible et indifférente. Dès lors qu'il a tout perdu, ses parents, son frère, son chemin, j'ai été là pour lui, pour lui tarir ses larmes et seulement pour accepter ses sanglots déchirés, sans jamais lui en parler ou chercher à le consoler. Je ne peux pas, je n'en ai jamais eu le pouvoir et, quelque part, je n'ai jamais pu me soigner moi-même, alors pourquoi essayer de soigner les autres ? La terrible réalité est que j'en suis lucide, que je sais parfaitement que je ne peux pas le faire ─ mais j'ai tout de même essayé, je me suis risqué à vouloir le soigner pour au final ne faire que rouvrir la plaie. S'il y a bien une chose que je regrette, c'est sans doute d'être intervenu dans sa vie comme un cancer ouais, un cancer, parce que ça lui portera préjudice plus tard, et qu'il ne peut pas s'en rendre compte parce que, mine de rien, il l'a encore jamais vécu, cette chose fatale et destructrice qu'est l'amour. L'Amour avec ses dagues écarlates et ses sourires envoûtants, plus pernicieux encore qu'une salve de coup de couteaux dans le dos. L'Amour que je déteste, que je déteste, que je déteste à mort mais qui me fait aimer ça malgré tout. L'Amour que je ne comprendrais jamais.

Je soupire dans la fraîcheur glacée, parce que j'ai subitement l'impression que le poids que je viens tout juste de déloger de mon cœur refait surface, revient tout à coup me ronger, comme il a tant l'habitude de le faire. Je n'ai jamais supporté la vue de ses larmes, et le fait que ce soit de ma faute me convainc encore plus que je n'ai rien à faire avec lui, que je ne devrais même pas me mettre en travers de sa vie ─ mais que malgré tout c'est trop tard, désormais, parce que je suis déraisonnablement accro à lui et qu'il semble aussi l'être à moi : tout ça sans que je n'aie pu m'en apercevoir plus tôt, tant je suis et j'ai été aveuglé par ma propre vérité. C'est un cercle vicieux comme j'ai eu l'occasion d'en croiser bon nombre, et dans ce cas-là, je ne sais alors plus quoi faire : je l'accepte, je l'accepte comme une énième fatalité de ce monde, mais c'est si dur d'être aussi impuissant, de ne rien pouvoir faire pour changer les choses. Juste parce que je n'ai pas la réponse, juste parce que je m'aventure sur les traces d'un domaine que j'ai bien trop peu revisité dans ma vie ─ et qui me semble alors lointain, presque inconnu ─ je ne peux pas me vanter de pouvoir déceler chaque signe ou chaque élément de cette chose si étrange, si atypique. Dire que je veux que ce soit lui qui m'y refasse goûter, qui consente à me donner un peu de lui, pour que j'accède une unique et dernière fois à ce sentiment enivrant, que j'ai jadis pu toucher du bout des doigts. Peut-être bien que c'est ça l'addiction, en définitive. J'y suis tellement cloîtré que je ne trouve plus rien à faire, et c'est un ressenti aussi plaisant que frustrant, indépendamment de ma volonté.

Machinalement, mes mains se perdent dans mes poches. Je sens que mes yeux ne peuvent plus détacher de sa silhouette languissante, à même le sol ─ et que même si j'essayais ou faisais tous les efforts du monde pour détourner le regard, je n'y arriverais pas. Ce n'est pourtant pas l'envie qui me manque, et ce salaud de Dieu sait que c'est pas mon genre, de rejeter les choses comme ça. Néanmoins, je ne saurais pas expliquer pourquoi, mais Yuki me rend faible en tout point : il n'a qu'à me le demander, et je lui répondrais toujours « oui », que ce soit pour le regarder, pour le toucher, pour lui parler rien qu'un peu, pour lui ouvrir mes bras quand il pleure, pour m'accompagner, même quand je le préviens que ce n'est pas forcément bon ─ et que ce soit pour rester chez lui une heure de plus ou pour lui conter un peu de mon passé, chose que je me suis résolu à ne plus refaire à l'avenir. Mais par dessus tout, j'en prends conscience maintenant : je ne pourrais tout bonnement jamais lui accorder de me séparer de ces substances venimeuses, celles que j'ingurgite sans me poser de question, qui m’anesthésient et qui m'effacent la mémoire un temps, court instant. Même si l'envie est grande, même si le désir est insoupçonné, je ne pourrais pas. C'est bien là la seule chose qui peut se mettre en travers de lui et moi, mis à part bien sûr ma volonté de fer à vouloir à la fois le protéger et le tenir loin de moi ─ et ce n'est qu'en le regardant larmoyer comme un misérable que je le réalise, que ça me parvient tout juste à l'esprit, comme si je l'avais oublié entre temps. Pourtant, comme je m'efforce de le dire, je ne peux jamais lui ordonner de partir, de fuir, de me laisser retourner à mon état de connard incompris, ou encore de ne pas s'engager sur des terrains risqués : cette décision, il n'y a que lui seul qui pourra la prendre, comme un grand, comme un homme. Je ne compte pas le guider plus que ça, aussi grande ma réelle envie de l'aider soit-elle, et je crois surtout que c'est mieux ainsi.

Mais à cet instant précis, la différence demeure dans le fait que contrairement à ce jour-là, j'ai le besoin pressant d'aller sécher ses larmes de souffrance, d'assumer toute ma connerie et puis de repartir sans rien dire, sans même me retourner, parce que ça ne rimerait à rien de rester là et de faire comme s'il ne s'était rien passé, comme si je n'avais pas été coupable de ces pleurs et de cette détresse ─ cette détresse face à laquelle j'assiste, impuissant : complètement démuni de tout contrôle ou de tout repère, en bon spectateur de la vie, ou en pantin dont on se sert sans aucun scrupule. Je voudrais lui hurler d'arrêter, car c'est insupportable, et si lui cogner dessus s’avérerait être une solution, alors je n'hésiterais pas : seulement voilà, je ne veux plus être violent, plus maintenant, pas en ce moment que je le regarde, pitoyable, genoux au sols, les lèvres déchirées et disputées entre des mots qui ne semblent pas encore vouloir sortir, qui naissent et meurent sans que je ne puisse les entendre. Je voudrais l'enlacer juste un instant, lui souffler une seconde fois que je suis le pire du monde, en espérant que le déclic survienne et qu'il me repousse violemment, qu'il finisse par définitivement me briser ─ mais je sais que je ne ferais rien de tout cela, que peu importe mes actions ou mes paroles, je ne serais plus capable de reproduire la même connerie. Alors j'écoute, j'écoute sa voix se dérober en mille fragments et je savoure d'un œil glacé ses larmes, le fruit de toute ma frustration, de tout mon accablement, comme si une haine intense brillait dans mes yeux. Pas une haine envers Yuki, pas une haine envers ce petit homme que j'ai blessé et que je blesserai sûrement à l'avenir, s'il décide de ne pas m'en tenir rigueur : non, une haine envers tout, tout le monde sauf lui. « Putain Haku, tu m’écouteras jamais hein ? » Je l'observe, lui qui s'étouffe avec ses propres mots, avec sa propre chaleur de gel. L'écouter ? Nuance, il n'y a que lui que j'écoute, dans ce bas monde. « J’avais tord, et tu n’as jamais mérité que je te parle comme ça. » Premier réflexe ─ grincer des dents. Je suis si hors de moi qu'il dise de telles choses. Il n'a jamais eu tord, c'est moi qui l'ai lancé sur ce chemin, c'est moi qui ai voulu tout ça, et même si ça n'a pas eu le mérite de complètement m'effacer, j'en aurais eu les séquelles ; les séquelles de ce genre de douleur, qu'il faut remettre à jour au moins une fois en l'espace de quelques années, et qui se doit d'être dégustée comme il faut, de la façon la plus blessante qui soit. Ne me prends pas en pitié, sale con, je viens de te dire que tu m'avais manqué.

« Et merde, je veux être avec toi quoi qu’il en coûte, je m’en fiche que tu sois un drogué, un alcoolique, une racaille, et je m’en fiche des autres, peu importe ce qu’il peut arriver, ça a pas d’importance, ça sera jamais pire que de te perdre. Je veux être ton petit homme, ton petit con, tout ce que tu veux. J’ai cru crevé tu sais, tu m’as manqué plus qu’on ne m’a jamais manqué. » Mais alors quoi ? Alors quoi ? Qu'est-ce que je suis censé faire, qu'est-ce que je dois faire ? Que dois-je mettre en oeuvre si je veux le protéger et l'éloigner de tous ces sentiments négatifs, comme j'en referme à foison au fin fond de mon cœur, de mon âme esseulée qu'il s'amuse à égarer, sans que je ne puisse comprendre quoi que ce soit ? Je voudrais la réponse, un indice, n'importe quoi qui me permettrait de savoir ce que je peux faire pour ne pas le rendre trop malheureux, pour lui peindre des sourires sur les lèvres et redessiner son visage sans la moindre trace de larme traîtresse. Si je ne suis pas avec lui, il ne se sent pas bien, mais si je reste avec lui, il en fera tôt ou tard les frais ─ et alors seulement là, je m'autoriserais à me haïr pour de bon. Si Yuki m'aime, alors je ne peux pas me haïr ni me détester : c'est impossible, ça reviendrait à le trahir lui et une des premières promesses que j'ai osé lui faire ─ celle que je ne fuirai et que je ne le trahirai jamais. Je compte bien la tenir, même si elle rentre sans doute en parfaite opposition avec ce que je désire pour lui, et sans doute que de cette façon, je me sentirai davantage pardonné. « Qu'est-ce que tu racontes Yuki... » Ouais putain, qu'est-ce que tu racontes ? Même si tu me rejettes, même si tu me repousses ou que tu décides à tout moment de ne plus jamais réapparaître, tu ne cesseras jamais d'être mon petit homme, mon petit con, mon inconscient à moi, celui que je veux sous mes doigts meurtris et jamais trop loin de ma silhouette. J'aurais supporté un mois sans toi facilement, parce que je suis capable de m'en aller sans donner de raison particulière, pour toujours mieux revenir vers les autres ─ mais te quitter de cette manière a été plus douloureux encore que des incisions dans le poignet, que des os ébréchés en sautant d'une falaise, qu'un poignard cramoisi et impitoyable qu'on planterait dans un flanc, et j'en passe. Le mal m'arrache le cœur rien que d'y penser, et toi t'es encore là à chialer des choses qui pourraient jamais voir le jour, tellement je le permettrais pas, tellement j'en aurais plus rien à foutre des autres et des conséquences, à un putain de moment où je supporterais plus de ne pas pouvoir vivre un peu de mon idylle avec toi. « Je regrette tellement de t’avoir fait tout ces reproches. Tu sais, t’es pas obligé de dire je t’aime, et t’es pas obligé de m’embrasser non plus si tu veux pas. » Mes mains se serrent imperceptiblement, et j'ai la subite envie de lui en mettre une bonne, de le faire taire à la seule force de mon poing. C'est comme un flux de renouveau et d'énergie qui se mêle à mon sang, qui m'infeste les veines de sa chaleur insupportablement vive, tant la colère qu'engendrent ces mots a frénétiquement raison de moi, s'empare un peu plus de ma raison laissée à l'abandon et trop peu docile, dans ce froid mordant d'hiver. Ce qu'il dit me freine et je ne comprends pas, je ne comprends pas comment il peut autant se tromper, comment on peut autant mal se suivre dans ces moments-là. Sans doute qu'on ne s'est jamais vraiment trop compris, et ça ne nous a pourtant jamais empêché de nous côtoyer. Mais ce qu'il ne sait pas c'est que j'ai la constante envie qu'il ne regrette pas, qu'il cesse de regarder en arrière comme je peux le faire, qu'il aille de l'avant et que, quelque part, il me laisse l'embrasser encore une fois ─ nouvelle fois, dernière fois, qu'importe : juste un seul et unique instant, parce que j'en ai plus qu'envie, parce que je suis salement incompréhensible, et que j'ai longtemps délaissé cette tâche confuse et abstraite qu'était de m'aimer et de me déchiffrer moi-même. « T’es pas obligé de me parler, ni de venir me voir, ni de m’appeler. Mais… Mais si tu décides de le faire alors… alors sache juste que moi je t’attendrais toujours, et que rien n’a d’importance du moment que tu te sens bien. » Mon regard croise le sien, presque instantanément, comme si une force supérieure nous l'avait ordonné. Ce n'était pas contrôlé et encore moins voulu, parce que j'ai l'impression que ses yeux ruisselant de larmes me scindent l'âme, me disséminent le cœur en petits morceaux et me prennent la gorge d'une morsure invisible, si bien que dans la froidure du gel, j'ai du mal à exhaler mon souffle saccadé. Il va me tuer, il va me tuer rien qu'avec ces yeux, et l'atroce sensation d'être loin de lui me tenaille l'estomac, refait surface comme elle ne l'a jamais fait. Ses mots sont plus faux qu'une lettre d'amour, plus faux que la blague morbide qu'est ma vie, plus faux que tout ce que peuvent dire les autres sur lui. Je ne lui parle sans doute pas si souvent que ça, mais j'aime aller le voir, j'aime voir son visage dans l'encadrement de la porte ou même ses traits surpris quand je rentre sans prévenir ─ j'aime l'appeler simplement pour écouter sa voix me raconter tout ce qui lui passe par la tête, lui envoyer un message sans intérêt juste pour l'insulter affectueusement, l'entendre me charrier et me venger juste avec quelques chatouilles qui le feraient immédiatement céder. J'aime ses défauts, plus que tout au monde, et mieux encore : j'aime ses qualités, toutes ces choses qui forgent sa personnalité, qui dessinent sans relâche ce visage dans différentes et surprenantes formes, celles qui m'apprennent un autre côté de la vie que je ne connais que trop peu. J'aime quand il agit comme un gamin, j'adore quand il me tient tête, j'aime moins quand il ne veut vraiment pas m'écouter, je déteste quand il montre trop d'intérêt pour quelqu'un d'autre ─ un peu comme Nami, Yu et moi à l'époque : j'ai le besoin enfoui de le protéger, de le savoir en sécurité, parce que putain honnêtement, qui ne tomberait pas fou amoureux de ce petit homme, à force de trop le côtoyer ? Je me le demande bien, ah ouais.

Mais peut-être qu'au delà de tout ça, Yuki veut vraiment me dire plus, me prouver qu'il le pense, qu'il ne veut pas me perdre et qu'il désire réellement que je me sente bien. Néanmoins, le souci c'est qu'au milieu de ça, ce serait plutôt à moi de le dire, de lui promettre de l'attendre et de les lui offrir, toutes ces choses qui concordent dangereusement avec cette agréable bizarrerie qu'est le bonheur. Je n'ai jamais eu quelqu'un qui attendait ça de moi, qui voulait mon bonheur à moi. Je ne sais pas ce que ça fait, je ne suis pas en mesure de tout saisir instantanément, mais ça m'arrache sciemment les veines et les tripes de bien-être, hormis le vide et le chagrin qui ont eu le temps de prendre encore plus de place, au fin fond de cette cage thoracique sans réel intérêt. Juste là pour préserver un cœur, qui n'en a vu que des trop horribles pour pouvoir subsister. Et au final, qui me rattache à la vie ? « Moi aussi. » Un gosse, un autre garçon, un homme encore plus borné que moi. Quelqu'un à qui je peux pas en vouloir longtemps, quelqu'un que je peux pardonner mais pas oublier. Quelqu'un qui me fait perdre la tête, encore plus qu'une inconsciente dose de substances psycho-actives. « Moi aussi... » Et je suis faible, abandonné à moi-même, j'en oublie encore une fois mes résolutions et tous mes idéaux à son égard. Je ne lui dirai pas tout ce que je pense, tout ce que j'ai envie de lui dire : je vais remplacer tout ça par le silence, je vais le prendre dans mes bras, lui chuchoter de ne plus pleurer, ne rien articuler d'autre parce que j'ai trop de chose à dire, beaucoup trop ─ à un tel point qu'au final, rien ne finit par sortir.


Je soupire, les nuages de mon haleine s'élevant doucement dans l'air. Ce ne sont pas des soupirs viciés, pour une fois, et j'aurais de toute façon préféré être lucide pour cette arrivée surprise. Sans me laisser trahir par une de ces nombreuses émotions, qui défile sans cesse et sans tournant dans mes yeux, je m'avance cette fois vers lui avec plus d'entrain, mes mains retombant le long de mon corps, mes bras presque ballants, tant les frissons qui m'ont parcouru sans pitié les ont rendu impuissants. Bientôt, la proximité n'existe plus entre nous, et je m'agenouille devant lui, mon cœur battant calmement à l'intérieur de ma poitrine. Dès lors que j'ai craché tout ce qui me passait par la tête, je me suis soudainement senti libéré, libéré d'un poids plus grand que la règle ne l'exige, plus grand encore que mon envie irrépressible de casser la gueule à cet autre type. Un quart de seconde, je peux de nouveau trouver son regard, ses yeux luisant faiblement dans l'obscurité, qui ne semble pas encore être tout à fait secs. Je le regarde patiemment, les yeux à demi plissés, les pupilles sombrement rétractées. Il ne fait plus froid quand je suis à côté de lui. « T'es vraiment laid quand tu pleures, mais j'arrive encore à te trouver beau. Pleure, pleure encore, je déteste ça mais pleure encore, tu t'en sentiras mieux après. » Vécu. Je ne cherche pas à le consoler, mais c'est du vécu. Il peut pleurer autant qu'il le veut, ça me fait mal à moi aussi mais je sais que par la suite, il ressentira ce drôle de sentiment électrisant, fortifiant, comme si la douleur de ses larmes lui avait paradoxalement pansé le cœur d'une violence stimulante, presque addictive. Vécu.

Mes yeux cherchent les siens une dernière fois, étrangement adoucis, et puis je fais volte-face sans le prévenir, sans chercher à lui expliquer quoi que ce soit. Il n'a pas déversé la totalité de ses larmes, je le sais, mais un homme ça pleure, ça grandit à chaque larme, alors il faut savoir les savourer une par une. Sans attendre, je lance un regard furtif derrière moi, et avec toute la flegme qu'il me reste, je m'accroupis dos à lui et l'incite à monter sur mon dos, pour emprisonner ses mollets sous mes mains et le sentir se rattacher à moi, peser sur mon dos et mes épaules. Je me demande bien pourquoi il est léger comme ça, il a l'air d'un poids plume, et je le soupçonne presque d'avoir arrêté de se nourrir comme avant.

Ni une, ni deux, je me relève, sa masse presque aérienne me surprenant tellement que je vacille bêtement, pensant pendant un instant que j'allais avoir besoin de plus d'énergie que ça. Je me reprends et raffermis ma prise sur sa chair, j'ai presque l'impression que je peux sentir son souffle dans mon cou. Son parfum me monte à la tête un instant, et je suis parcouru d'un étrange frisson. Depuis combien de temps n'avais-je pas eu l'occasion d'être si proche de lui ? Ça me paraît si loin, si précieux, mais je cède toujours à la tentation : je suis les sept péchés à moi tout seul, un éternel fardeau qui aime se bousiller la santé, que cela mette en cause le meilleur des sentiments ou la destruction totale de mon organisme. « Accroche-toi et me lâche pas, j't'emmène loin d'ici pour le moment. » Ouais, accroche-toi, me lâche pas, jamais. M'abandonne pas, fuis pas, j'aimerais te le dire parce que c'est ce que je pense, mais t'aurais le droit de le faire un jour, et je conteste pas. Ça, je conteste pas.

Sans attendre, je l'enlève sans même prendre en compte son avis, sa chaleur m'incitant toujours un peu plus à mettre un pas devant l'autre. Le vent froid nous hurle ses complaintes, nous assaille les cheveux et s'immisce même sous nos vêtements, mais je n'ai pas l'impression que ce soit très grave. Durant tout le trajet pour nous sortir de cette ruelle impure, lieu qui ne peut accueillir un tel être que Yuki, je repense encore à tous ces mots, ceux de ce fameux jour, et tout ce que l'on vient de se dire ─ tout ce qui a été échangé entre deux âmes perdues, meurtries, mutilées et liées malgré elles-mêmes. Ces reproches, il avait le droit de me les faire : je les ai en quelque sorte éveillés, et j'ai cherché à ce qu'il explose, à ce qu'il se rende compte de qui je suis, de qui je pourrais être dans le futur, s'il venait à trop s'attacher à moi. Mais c'est trop tard, moi-même je le suis trop à lui, je peux pas me passer de lui, et ça me ravage complètement l'esprit de plusieurs sentiments diamétralement opposés, comme une délicieuse torture psychologique.

Mes yeux se posent sur le sol, machinalement, alors que nous sortons enfin de ce lieu étroit et trop peu éclairé. Des dizaines de gars n'ont pas osé nous accoster, entre temps, et je me surprends à leur souhaiter bon vent, à penser légèrement, futilement, comme si plus rien ne m'importait sur le moment. Je crois que c'est la présence hasardeuse de Yuki qui me calme, qui remet en place mes sentiments, mes émotions, autant qu'elle peut les dévaster et tout mettre en péril dans ma tête, par moment. Ce petit homme a les pires effets sur moi ─ et je l'en remercie, de me faire me sentir aussi vivant.

« Tu sais, j'ai un très bon pote à moi. C'est vraiment un énorme connard. » Je me retiens soudainement de rire, marchant à petits pas dans la rue enneigée, alors que j'évite presque instinctivement les plaques de verglas sur le sol. Une myriade de petites sphères blanches larmoie du fond de la voûte, et j'ai l'impression que le ciel coule sur nous. Je respire un instant, mes yeux croisant pour la première fois cet immense fond d'encre sans étoile.

« Autrefois il a promis à une personne qui lui tenait beaucoup à cœur qu'il s'en irait pas, qu'il fuirait jamais tant que cette personne lui demanderait pas de se barrer ou de se foutre en l'air. » Je souris d'un air douloureux, fané, tandis que sa fragrance si particulière me monte au nez ─ par dessus toutes les autres odeurs de la ville, de cet hiver comme gelé dans le temps. Il ne doit pas savoir de qui je parle, parce que je ne lui ai jamais parlé de cet ami ─ mais moi, je le connais bien, et repenser à ça m'a fait tout naturellement pensé à Yukihiro. Je ne me l'explique pas, mais je me sens tout à coup vivant, rien qu'un peu, rien qu'un instant. « Mais moi aussi, je t'attendrais. »
Heal me
Suoh Yukihiro» I ❤ Nishinaka
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Lun 1 Fév - 1:55
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You’re hidden in a place where I can’t see you

On s’en fiche, du destin, de ce qu’il pourrait arriver après. Ça n’a pas d’importance, parce que de toute façon ça se produira, quoi qu’il arrive. C’est ainsi que c’est fait, c’est écrit. Même si ça doit finir mal, alors autant savourer chaque seconde agréable qu’on nous offre. Je ne sais pas pourquoi, mais aujourd’hui je n’ai pas envie de fuir la réalité, parce qu’elle me plait, elle a l’air douce, et agréable. Je ne sais pas combien de temps elle le restera, je sais qu’elle en vaut la peine. Même si elle me fait pleurer plus fort que je n’ai jamais pleuré, même si elle déchire ma gorge de ses sanglots et secoue mon corps comme un vulgaire assemblage de tissu. Je souhaite saluer ce hasard qui nous a fait nous rencontrer, bénir chaque jour que je passe à côté de lui, sourire à chaque fois que j’entend son souffle résonner près de moi. Je veux le supplier de rester, d’honorer une vieille promesse faite par un jour neigeux comme celui-ci, face au ciel, sur une plage déserté. Est-ce qu’on doit vraiment rejeter la possibilité d’être heureux un instant par crainte que cela ne cesse un jour ? J’ai beau regardé partout autour de moi, je ne vois que le bonheur partout, sur le visage des gens, dans les sourires, dans les mains qui se lient. Ça doit pouvoir fonctionner pour nous. On a tout les deux épuisés notre quota de souffrance pour une vie. On n’est pas maudit, juste imparfait. Il n’y a bien qu’ici qu’elle est condamnable. Nous on ne doit rien à cette société pourrie. On vaut mieux qu’elle. Haku est mieux que ces cons pédants, lui il me voit, il ne me juge pas, parce que quelque part il est pire que moi. C’est ce qu’il pense probablement. Peut-être que c’est vrai. C’est une étoile, solitaire et froide, mais qui brille plus fort que toutes les autres à mes yeux. Son éclat est peut-être plus sombre et sale, pourtant il lui est propre. Tant pis si tout le monde ne peut pas le voir, je serais le seul, mais je serais là, et je ne le fuirais pas, parce qu’Haku ne me fait pas peur, pas plus que ce fil rouge qui s’est noué autour de nos doigts un beau jour d’hiver marqué par la mort d’une autre de mes étoiles.

Je pourrais rester là aussi longtemps que mes larmes couleront, laisser libre cours à cette peine terrifiante qui peu à peu a étouffé mon cœur ces jours entiers. Pour la première fois depuis un mois, il cogne sans chaine dans ma poitrine, résonnant dans mon corps tout entier, bourdonnant dans mes veines submerger par ce soulagement incontrôlable. Je ne sais pas ce qui me fait si mal, ces sentiments là, je ne les ai jamais éprouvé avant. Cette douleur est différente, ce n’est pas un deuil, c’est une frustration, celle de ne pas savoir comment gagner le cœur de quelqu’un. Haku ne se laissera jamais apprivoiser totalement, il restera pour toujours cet ange insaisissable, impénétrable, irradiant aussi fort que la neige au milieu de cette ruelle. Ça fait naitre une colère effrayante en moi, mais pas envers lui. Je m’en veux de ne pas être capable de le comprendre, qu’il n’est pas suffisamment confiance en moi pour accepter de se laisser aller à cette fatalité. Je voudrais qu’il regarde l’avenir avec l’optimisme d’un homme de son âge. M’abreuver pour toujours de son sourire un peu crispé, parfois moqueur, et de ses yeux qui se plissent quand il rigole tout doucement. J’ai le droit de pleurer, pas lui, j’ai le droit de souffrir, pas lui. Si on pouvait inverser les rôles, je prendrais sa douleur et je lui donnerais tout le reste.

Je pleure de rage, de rage envers cette pute de vie qui lui a fait ça, qui lui brûle les poumons de sa fumée immonde. Ces gens qui lui on fait mal, je voudrais leur cracher dessus, être un type fort, qui dissuade quiconque d’oser infliger un quelconque malheur à ce gars, parce qu’il le mérite pas. Je veux rembourser ces fois où il m’a serré dans ses bras, prêtant son épaule à mes joues humides de larmes. Glisser ma main dans ses cheveux, lui souffler que tout va bien, que maintenant c’est fini, on a le droit de vivre, et qu’aimer ne fait pas toujours mal. Pourtant c’est encore moi qui pleure, les genoux rivés aux sols par des jambes trop molles, les mains raidies, serrant les poings sur la neige compacte et sale qui recouvre l’asphalte. Ma faiblesse me dégoute et je n’y peux rien. Aussi inéluctable que ces flocons qui finiront par rejoindre le sol, je m’affaisse face au poids de ma peine de mes désirs chimériques, étouffé dans l’œuf par une volonté trop faible.  

Aujourd’hui, il pourrait fuir. Je ne lui en voudrais pas. Même s’il a promis. Il pourrait fuir et me laisser à genoux. J’en mourrais de chagrin probablement, mais je ne lui reprocherais pas. Cet Haku si sauvage, je ne peux pas l’enfermer, ni le garder pour moi. J’aimerais, je le voudrais tellement fort, mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Aucun de nous deux n’est lucide sur ce qui est bon pour l’autre. Il aura beau me le répéter, je ne le considérerais jamais comme une menace. De même, je ne saurais pas affirmer ce qu’il ressent à propos de tout cela. Tout ce mélange dans mon esprit, ma pensée que le froid anesthésie ne devient plus qu’un enchevêtrement de sentiments contraires et incompatible. Je voudrais le protéger et j’ai besoin de lui pour me consoler. Je veux qu’il m’enlace et je le supplie de partir. Je voudrais mourir sans lui et ressusciter entre ses lèvres. Cette visite était peut-être une idée stupide, une entreprise farfelue. Ne provoquera-t-elle pas plus de souffrance qu’elle n’en aura guérit ? Je ne sais plus ce que je fais. Je n’ai conscience que de ces larmes qui brûlent mes joues gelées.

Nos yeux se croisent, et mon épiderme se glace un peu plus devant les yeux gris et neutre de Haku. Pourquoi est-ce si difficile de lire en lui ? Ne peut-on pas m’accorder un indice, un sourire, une veine pulsant au creux de sa gorge, un témoin de sa colère, de sa peine, de son désarroi, que sais-je ? Même vide, son regard fait battre le muscle cardiaque plus vigoureusement contre mes côtes douloureuses. Il ne parle pas, il ne montre rien, je le sais. Mais la terreur me fait imaginer tant de chose. Là où sont indifférence me paraissait naturelle un mois auparavant, cette inintelligibilité me pèse à présent. J’ai besoin d’un signe, d’un geste, une parole, quelque chose pour briser l’immobilité morbide de cette scène, figé dans la glace, noyé dans un silence au milieu duquel mon cœur blasphème. Sa voix me manque, aussi rare soit-elle. Ses insultes, ses surnoms stupides, même en rapport avec mes dents. Ça me mettait en colère, mais ça semble si dérisoire à présent, et ces petits détails stupides et irritants me semblent tout à coup devenir des souvenirs terriblement éloignés. Je me rappelle de ses chants éthyliques, de ses pas qui claquent sur le plancher quand il entre dans ma chambre en titubant, plongé dans l’obscurité. Je me rappelle de mon empressement à débrancher la veilleuse au pied de mon lit, avant de rejeter négligemment mes draps au dessus de mon visage pour faire semblant de dormir. Je regrette le rire compulsif qui menaçait de me faire repérer, alors que je l’entends trébucher maladroitement. Et son poids quand il se laisse choir sur moi, le goût sucré de son gâteau et la fierté qu’il a de me le faire goûter. Avec son doigt. La chaleur de son corps contre le mien, serrés dans le canapé parce qu’on a pas eu la force de bouger, et la senteur âcre de l’alcool sur ses vêtements, que je prétend détester mais qui m’attire pourtant si fort. Ce joyeux bordel, je le regrette,

Un pas fait crisser la neige, puis un second, et mes yeux se lèvent à nouveau pour chercher les siens. Il s’abaisse lentement à ma hauteur, et je reste suspendu dans une appréhension oppressante. Mon souffle filtre à peine entre mes lèvres frémissantes. Mon cœur bat la chamade, je suis sûr qu’il peut l’entendre, broyer mes os à chaque pulsation. De près, malgré la pénombre, son visage me semble plus détendu. Ses traits blafards sont doux, il est si prêt que je m’enhardirais bien tendre les doigts pour les toucher, mais je m’abstiens, et de toute façon, mon corps est figé.


« T'es vraiment laid quand tu pleures, mais j'arrive encore à te trouver beau. Pleure, pleure encore, je déteste ça mais pleure encore, tu t'en sentiras mieux après. »
Au milieu de mes larmes, un éclat de rire incontrôlé agiter ma poitrine. Un sourire spontané étire largement mes joues trempées. J’ai la gorge serrée comme prise en étau par deux émotions diamétralement opposées. Le plaisir et le chagrin qui ne me quitte pas totalement. Je ravale un sanglot récalcitrant, pourtant une de mes mains à mon visage pour essuyer vainement quelques gouttes salées. De toute ce qu’il pouvait me dire à ce moment précis, le simple fait de l’entendre me taquiner ainsi aurait pu me laver de toute ma peur. Comme par contradiction, je cesse de pleurer aussi brusquement que cela avait commencé.
« Je suis désolé de t’infliger cette désagréable vision. »

Et sur ces mots, il me tourne le dos sans prévenir. Surpris, j’hoquète, émergeant soudain d’un état second dans lequel je semblais m’être plongé sans même m’en rendre compte. L’être trop frais pénètre brusquement dans mes poumons recroquevillés pour faire de la place à mon cœur qui bat outrageusement vite. Il y a un trop plein dans ma poitrine. Un poids qui éclate lorsque qu’il m’attire vers lui, collant son dos contre mon torse et saisissant mes mollets entre ses mains tièdes. Je me laisse manipuler comme un pantin, sans comprendre, retrouvant presque avec surprise le parfum de tabac froid et de musc de sa peau. Mon corps quitte le seul sur lequel il reposait depuis de long minute, et me voilà agrippé aux épaules étroites du jeune homme qui me retient sur son dos. Raide, je ne sais que dire, et lorsqu’il m’annonce que nous quittons cet endroit, je me contente d’acquiescer en retenant mon souffle. Il se met en marche, et d’un pas certes lent mais étrangement résolu, Haku s’éloigne de cette place si sombre où à la neige à fondu sous mes genoux. Il quitte la pénombre de la ruelle, débouchant sans tarder à la lumière jaune des réverbères, au milieu de cette artère que je ne soupçonnais plus. La neige a tombé, elle a couvert la route et s’immisce dans les vêtements avec la complicité du vent. Le retour soudain de la lumière me détend légèrement. J’expire lentement, assurant ma prise sen entourant son buste de mes bras, nichant mes doigts bleuis par le gel dans les pans de son manteaux. Je retrouve avec un bonheur inconsidéré la chaleur tant espérée de sa peau, la prise ferme de ses doigts sur mes jambes. Je ne sais pas pourquoi il fait ça, mais l’idée de quitter ce coupe-gorge blottit contre le feutre rouge de son manteau s’apparente à l’abandon de toute cette douleur accumulé au cours du mois passé.

« Tu sais, j'ai un très bon pote à moi. C'est vraiment un énorme connard. »La respiration fébrile, je repose mon manteau sur son épaule, pour écouter, espérant presque qu’il aurait une histoire insignifiante à lui raconter, comme pour recéler les morceaux de cette vie qu’ils avaient mené jusque là, brisé par un mois de décembre trop intolérable. Il marche avec précaution, et je me prends à prier pour qu’il ne glisse pas, terrifié à l’idée qu’il ne se blesse. Le gel est traitre, autant que cette neige qui se niche dans ses cheveux et les rends humides.

« Autrefois il a promis à une personne qui lui tenait beaucoup à cœur qu'il s'en irait pas, qu'il fuirait jamais tant que cette personne lui demanderait pas de se barrer ou de se foutre en l'air. »
Je ris doucement, faisant claquer ma mâchoire au rythme de ses pas. Moi aussi, j’ai connu un connard comme ça, mais c’est un gentil con, et même s’il ne tiens pas toujours ses promesses, je ne pourrais jamais lui en vouloir parce c’est absurde, une promesse, une sorte de prison morale. Une cage en laiton que je me suis résolu à ouvrir pour laisser l’oiseau s’envoler, et mieux revenir quand le confort de son perchoir lui manque. « Mais moi aussi, je t'attendrais. » Je souris, dévoilant cette fois toute mes dents qu’Haku ne saurait voir de par notre position. Mais qu’importe, il le devinera probablement, parce que rien ne peux me faire plus plaisir que cette marche interminable dans la neige.

« Tu n’es pas obligé de me porter tu sais, tu vas te faire mal au dos… » J’ai beau dire, je ne quitterais pour rien au monde mon agréable position sur l’échine de mon destrier. « Je ne pleurerais plus Haku tu sais. » Je murmure en fermant les paupières, chassant du coin de mon œil la toute dernière larme qui dévale ma joue pour se perdre dans la nuit.

Quand je les rouvre, nous avons atteint le palier et il s’arrête finalement devant la porte de mon appartement. Grelottant, je m’arrache à regret à sa chaleur, mes pieds retrouvant le sol. Je titube un instant, cherchant fébrilement mes clés dans la poche de mon jean, et tout aussi maladroitement, je m’atèle à faire tourner la clé dans la serrure. Après quelques secondes de lutte, le cadrant de bois pivote, livrant l’accès l’habitation. Je fais quelque pas pour entrer et me retourne, près à refermer la porte derrière Haku, mais celui-ci a déjà fait volte-face et se dirige vers l’escalier qu’il vient de gravir. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine, et je me rue dehors dans un reflexe désespéré, saisissant à deux mains son poignet grêle.

« Mais où est-ce que tu vas ? Tu ne vas pas retourner dormir dehors par ce froid ! Et… » Je devrais laisser l’oiseau quitter sa cage quand il le veut, je le sais… mais pas ce soir. Il a été loin de moi beaucoup trop longtemps, je ne peux pas me résoudre à le voir partir une fois de plus, sans certitude qu’il reviendra demain. « Reste avec moi cette nuit Haku, s’il te plait. » Pas cette nuit. Reste pour toujours. Sans avoir la patience d’attendre une réponse, je l’attire dans l’appartement, refermant la promptement la porte derrière moi. Je le tire à ma suite jusqu’à ma chambre et l’assoie sur mon lit, tremblant de tous mes membres. J’ai froid, et le chauffage n’y peut rien. J’ai peur, et la présence d’Haku m’en guérit, s’il consent à rester. De mes doigts malhabiles, je défais les boutons de son manteau comme ce fameux soir d’anniversaire, débarrassant le jeune homme de la pièce de laine alourdie par la neige. A-t-il froid ? De quoi a-t-il besoin ? J’ai ce besoin urgent de m’occuper de lui, de prendre soin de lui encore une fois, comme pour rembourser une dette tacite. D’un geste vif, je rabats la couverture épaisse sur ses épaules avant de grimper sur le lit pour me glisser derrière lui. A genoux sur le matelas, j’enroule mes doigts raidis par le froid autour d’une serviette que je laisse tomber sur le sommet de son crâne avant de venir frotter vigoureusement ses cheveux trempés par le mauvais temps. C’est un geste hasardeux, que j’exécute sans même savoir pourquoi. C’est automatique, apaisant que de sécher doucement ses cheveux peroxydés, comme pressé de lui témoigner toute mon attention ? Qu’importe que je sois gelé dans mes vêtements détrempés, seul compte sa peau tiède, ses mèches claires, son souffle lent, sa présence contre moi. Je voudrais l’enlacer, l’emprisonner entre mes bras et ne jamais le laisser s’éloigner comme  précédemment, mais je me contente de frictionner sa chevelure avec un empressement maladroit.

« Laisse moi être avec toi, je veux te réchauffer. S’il te plait, reste. » Je bafouille dans l’espoir de le convaincre. « J'ai envie de veiller sur toi jusqu'à ce que tu t'endormes. »

Kuronuma Haku» I ❤ Nishinaka
Avatar : Min Yoongi
Pseudo : petit poussin rose d'amour d'Eden forever and ever (Kernel)
Date de naissance : 14/06/1992
Age : 24
That's what i do there : Raté des bas-fonds - Cutie pie à temps plein
What about love ? : Yuki is my booooy ♥ the best baby in the world, I want to have his kids
How I feel : « J'aime son humanité, plus que tout : j'aime la finesse de ses traits, son parfum simple et l'idée que celui-ci imprègne mes vêtements. Son désir de ne pas m'enfoncer la tête sous l'eau, plus qu'elle ne l'est déjà, et ses grands yeux noirs, dardés d'innocence qui m'arrachent des mémoires ensevelies, aussi douloureuses que flatteuses. La façon dont il hausse timidement le ton, aussi, comme s'il craignait de m'intimider. La possessivité inexplicable qu'il a à mon égard, et surtout la sensation des lignes de sa main qui se marient aux miennes, parfois. Juste comme ça, juste nous deux, comme il ne faudrait pas. »
...

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Mar 2 Fév - 0:00
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Just trapped with you

Je marche en silence, la neige blanche et ses cristaux imperméable crissant sous mes pas presque incertains, faisant resurgir de lointains et fugaces souvenirs d'une enfance trop tôt oubliée. Quand j'étais encore gamin, je me souviens vaguement que je marchais de cette manière, dans les parcs bordés de neige et les rues jonchées de plaques de gel. J'y trottinais, sautillais et me cassais parfois la gueule, sans jamais faire attention à quoi que ce soit, tellement j'aimais ça : toujours pour me relever derrière et hurler de douleur ─ pas pleurer, je n'ai jamais pleuré, mais pour bel et bien crier, tant la souffrance a à partir de là été quelque chose de nouveau, de rare et d'étrangement exploitable. Ce n'est pas grand chose, et ça ne m'a pas particulièrement marqué, mais je me rappelle également m'être cassé un poignet et même endommagé une clavicule, à l'époque où je n'écoutais personne, pas même mes amis : j'étais le gosse rebelle que l'on avait en horreur et qui ne sortait jamais avec ses parents ─ celui qui agissait en bon taciturne des fonds de classe avec ses professeurs mais qui, en dehors de toute surveillance parentale ou adulte, imposait sa loi et faisait subir son courroux de pré-ado à ceux qui osaient lui tenir tête, qui se risquaient à vouloir lui répondre. À chaque blessure, chaque dispense, chaque réprimande et chaque frémissement de la part de mes camarades, mes parents ne faisaient et ne disaient jamais rien. Ils avaient voulu être les acteurs de ma vie, avaient eu comme projet de contrôler mes gestes, mes paroles, ma façon de penser et sans doute même mon avenir. Cependant ça ne s'est jamais produit, parce que je ne leur ai jamais laissé cette occasion : j'ai refusé la perfection que l'on m'a promis et j'ai craché sur ces putain d'engagements, sur tous ces serments que je savais déjà faux et sur ces sourires hypocrites, qu'on a eu le don de vouloir m'offrir seulement au début, quand on croyait encore que je n'étais qu'innocence et débris de pantin aisément manipulable. Même les professeurs me gardaient à l'écart, ne m'approchaient pas et ne me regardaient pas dans les yeux, parce que je leur faisais peur, parce que j'étais déjà trop différent pour eux. Alors j'en sais rien, je veux pas le savoir, je veux même plus y repenser, mais sans doute qu'à ces gros connards trop empressés aussi, j'ai fini par les effrayer. Ceux que j'ose même plus appeler mes parents, tellement ça me refile la pire nausée que j'ai jamais eu : au-delà des cuites, au-delà du dégoût, mais toujours bien plus que tout ça réuni. Quelque chose et énième chose que je ne peux pas décrire, qui me tatoue incessamment le cœur ; parce qu'il restera toujours une place pour en ajouter un autre, un supplémentaire jusqu'au tout dernier, jusqu'à celui en trop qui m'intoxiquera inéluctablement cet organe, que je ne fais qu'au final torturer moi-même.

L'air embaume de senteurs hivernales, et je sens que ce jour est spécial, étrangement spécial. J'ai le sentiment qu'il sera obligatoirement à marquer au fer rouge, à graver à l'intérieur de ma poitrine et de mon esprit, pour que cette fois, je ne puisse jamais le perdre de vue. C'est comme le dénouement d'une longue et pénible souffrance, comme l'espèce de conclusion silencieuse, qui ne mène pas forcément à quelque chose de plus positif encore mais qui, en quelque sorte, scelle un pacte, un traité de paix ─ un accord désespéré et passé dans les œillades moroses et les larmes chaudes, perforantes, qui font fondre la neige un peu trop froide tant elles semblent être si sincères et misérables.

Mes pas me portent je ne sais où, et je regarde pensivement les semelles sombres de mes bottines écraser ce monde hiémal, léchées par la neige frigide et envahissante. Ma respiration est glaciale et se dessine irrégulièrement, dans d'interminables arabesque de fumée blanche, comme la vapeur putréfiée des taffes que j'écume, quand je veux de nouveau tout oublier. La chaleur du petit homme sur mon dos s'efforce de me garder conscient, et je refuse l'éventualité de relâcher ma prise, alors que je peux instinctivement deviner mes jointures dorénavant blanchies par le gel, tant l'envie de ne pas le lâcher me taraude comme un feu inextinguible, beaucoup trop rare pour ce long mois passé à re-sombrer. J'éloigne presque spontanément toutes ces insupportables réminiscences à mesure que j'avance, toujours sans ajouter le moindre mot, le coin des lèvres étiré dans un sourire nostalgique, presque insignifiant. J'ai l'impression d'avoir le cœur plus léger que jamais, rien que de le sentir aussi près de moi, rien que d'avoir ses mains gelées sous ma veste ─ rien que de l'entendre rire de temps à autre, et pour la énième fois, rien que de pouvoir sentir son parfum me parvenir tout naturellement, lorsqu'il se penche un peu et que je fais mine de fuir son regard, de regarder droit devant moi ou là, tout bas, sur ce monde de goudron imprégné de flocons. Je me sens tout simplement libéré, de marcher comme si j'avais mis ma vie dans tous ces mots, comme si je pouvais assumer toute ma connerie et mon horrible nature à être égoïste, fou de lui, accro, indécis, fataliste sur tous les points sauf peut-être sur le plus important, celui que j'ai connu mais qu'avec le temps, j'ai voulu enterrer, oublier.

« Tu n’es pas obligé de me porter tu sais, tu vas te faire mal au dos… » Je lève les yeux au ciel au son de cette voix, raffermissant ma prise sur lui pour le faire taire, pour lui démontrer le contraire. Ce n'est pas ça qui risque de me tuer, compte tenu du fait que j'ai plus que tout besoin de sa proximité, de sa fausse chaleur et de ses mains, qui s'accrochent à mes clavicules comme si j'étais le dernier à le guider, à l'emmener là où il doit être. Tout n'est que douce illusion, qui réussit à me bercer de la manière la plus ordinaire qui soit. Juste lui avec moi, tout simplement : c'est indubitablement ce que j'ai le plus désiré, ces derniers jours de routine. « Je ne pleurerais plus Haku tu sais. » Mon menton se redresse à cette intonation, lentement, imperceptiblement. Je peux sentir mes pupilles briller lorsqu'elles rencontrent le reflet ambré d'un réverbère, et ce ciel d'onyx qui nous surplombe comme si nous n'étions que des grains de sable me fascine, m'incite à imprégner ses paroles tout en me plongeant dans ce ciel d'un air égaré, comme si le jeune homme sur mes épaules et cette vaste empyrée bleue nuit étaient les seules choses dont j'ai besoin pour contrôler mon souffle, pour mettre un pas l'un après l'autre et refermer mes phalanges sur le jean de mon gamin, de mon petit homme à moi. Un sourire se peint lentement sur mes lèvres, comme une esquisse invisible ─ dissonante de mon habituel masque de froideur, et mes yeux se ferment alors d'eux-mêmes lorsque j'expire silencieusement un nuage de buée givrée, preuve dérisoire et immatérielle que je suis en vie. Celui-ci meurt immédiatement dans l'atmosphère, aussitôt qu'il n'est sorti d'entre mes lèvres, et mes lèvres se plissent, se scellent et se cadenassent, comme si c'était pour toujours. Alors il ne pleurera plus.


De longs moments à marcher, inlassablement, comme si j'avais fait ça toute ma sainte et longue vie ─ et nous voilà enfin arrivés, arrivés à destination : arrivés à ce que je pense comme étant la conclusion de cette soirée riche en émotions. Nous n'avons pas parlé plus que cela, n'avons pas échangé le moindre mot traître : tout ce qui a été dit jusqu'ici a suffit, a su se faire sa place et puis ne jamais réapparaître, parce qu'on n'a pas besoin de réitérer ─ parce qu'on se grave ces petits mots dans la peau, dans la tête, avant même qu'on ne puisse réaliser leur réelle signification, tant je ne nous comprends pas moi-même et tant on est fous à en prendre les plus gros risques, à se séparer des conséquences pendant un infime instant, instant de bonheur entre la terreur et la peur, la colère, l'indécision, le regret, le chagrin. Je ne veux pas laisser Yuki, pas encore, pas une nouvelle fois : mais je sais que c'est là que ça doit s'arrêter, pour le moment, et qu'il a sûrement envie de se reposer, de sécher ses vêtements trempés et de se calmer un peu. Il a frôlé le passage à tabac, n'a pas fait que frôler mon poing dans sa bouche ─ et j'y repense l'espace d'un instant ─, et, par dessus tout, a réussi à m'apaiser avec la force de ses mots, avec sa candeur dont j'avais été trop longtemps séparé à mon goût. C'est une attraction surnaturelle, que je ne prends pas le temps de justifier, mais Yuki a cet effet électrisant et rédempteur sur moi, qui me détruit autant qu'il ne me sauve.

Un peu comme une certaine drogue, après tout. Pas n'importe laquelle, essentiellement la meilleure de toute, mais une drogue quand-même. Celle qui serait peut-être susceptible de pouvoir guérir définitivement, qui sait, à part les grands inconscients de cette vie, persuadés de connaître tout de cette chose point par point, étape par étape et charme par charme. Je suis un grand inconscient, moi aussi ─ mais cette chose, cette drogue soi-disant meilleure, j'y ai cru, auparavant : même pour elle, même pour Nami.

Dans l'obscurité de ce quartier familier, je parviens à me repérer à l'aide des faisceaux translucides de lampadaires, éclairant les quelques flocons qui tombent au ralenti et qui finissent par se dissoudre d'eux-mêmes, inflexiblement. Le trajet n'aura pas non plus été court, mais suffisamment long pour laisser nos pensées vagabonder, pour faire le tri à propos de ce lendemain d'anniversaire, de cette rencontre électrique et de tous ces regards, que l'un n'arrive pas à déchiffrer et dont l'autre s'abreuve comme une fontaine de jouvence. Je ne crache pas sur ce moment de silence, c'est au contraire avec un plaisir refermé que je l'ai savouré, avec ces doigts glacés sur mon épiderme et cette masse dans mon dos pour seule compagnie, silencieuse compagnie. Avec entrain, je presse le pas, et c'est dans un dernier effort futile que je gravis les escaliers de l'appartement de Yuki, celui que je connais comme si j'y avais toujours habité, comme si c'était mon chez-moi et que j'étais libre d'y entrer quand je le voulais. Ce n'est après tout pas une réalité à ignorer ─ c'est la vérité, parce que j'en ai le droit, mais je ne saisis pas toujours l'occasion de le faire, juste par simple choix personnel. Sans doute que je ne serais jamais véritablement apprivoisé, songé-je distraitement, la tête ailleurs. Arrivés sur le palier, c'est définitivement là que j'abandonne mon petit homme, celui qui m'aura fait du mal en guise de tribut mérité, celui qui malgré ça me rend plus fou que tous les autres, plus fou qu'un malade mental en manque de sa liqueur inestimable. Ni une ni deux, je relâche ma prise sur lui, le laissant atterrir sur le sol froid et gris. Sa présence semble s'être volatilisée, simple impression, et j'ai également ce ressenti de ne pas avoir assez respiré sa fragrance, d'être sûrement passé à côté de quelque chose, quelque chose de dingue, quelque chose d'intensément bon. Mais soit, il est temps de se séparer de sa friandise, et même moi en suis capable si cela promet de ne pas s'étendre aussi longtemps que ce mois hibernal.

C'est lorsque je le vois partir à la recherche de ses clés que je me dis que c'est terminé pour ce soir, que j'en aurais eu le cœur et l'estomac chamboulés mais que au moins, j'aurais vécu. J'aurais vécu et j'aurais senti cette sensation ardemment saisissante et étonnamment empoignante, comme si la prise dégénérée de la mort vous secouait dans tous les sens et vous menaçait de sa voix rauque de vous enlever, de vous kidnapper à tout jamais si vous ne faites pas l'effort de vivre, de profiter de votre existence pourrie autant de temps qu'il le faut, pour autant de moment que vous le voudrez. Lui il m'a fait déguster la douleur comme je l'aime, aussi forte et bouleversante soit-elle, et m'a ensuite assouvi, en ayant suturé seulement quelques points de ma plaie fraîche, tout juste rouverte. Il m'a démontré qu'il était la meilleure chose pour moi, sans doute bien plus que moi ne pourrais l'être pour lui, et c'est la raison pour laquelle je songe à l'instant à m'en aller, pendant qu'il en est encore temps, pendant qu'il a le dos tourné.

Mais, oui, peut-être ai-je été trop lent ─ peut-être ma prière s'est-elle faite entendre. « Mais où est-ce que tu vas ? Tu ne vas pas retourner dormir dehors par ce froid ! Et… » Je ne réalise pas tout à coup ce qu'il se passe, et je fais plutôt volte-face, pris de court. Ses mains se sont nouées autour de mon poignet, dans une prise ferme et presque moite de fraîcheur, désespérée, et je ne comprends pas. Mes yeux se posent sur lui, tandis que je sens sa peau rencontrer la mienne, le tissu digital de ses doigts se mariant soudainement à la peau laiteuse de mon poignet. « Reste avec moi cette nuit Haku, s’il te plait. » Rester avec lui ? Rester avec lui cette nuit ? Mon regard dérive de ses doigts entrelacés à ma poigne à son visage, pour détailler ses traits déformés par l'envie, par la demande presque implorante qu'il exauce tout haut. Pourquoi veut-il que je reste cette nuit ? Pourquoi veut-il d'un salaud comme moi avec lui ? Pendant une fraction de seconde, je ne saisis plus rien, mais un déclic me balaie les pensées et ses paroles me reviennent aussitôt en tête : tout ce flot de larmes, mêlées à ces mots gémis, que j’aurais aimé faire taire, que j’aurais aimé ne jamais laisser s'échapper ─ même par le pouvoir refoulé de ma propre initiative, s'il le fallait. Je m’en fiche que tu sois un drogué, un alcoolique, une racaille, et je m’en fiche des autres, peu importe ce qu’il peut arriver. Mon expression ne change pas, figée dans un éternel masque d'indifférence, mais je n'ai pas le temps de dire quoi que ce soit qu'il m'entraîne à sa suite, qu'il m'attire avec lui sans même me consulter. Ce n'est pas grave, lui aussi doit avoir conscience que je ne peux pas dire non, que je suis faible à la plupart de ses demandes parce que, au fond, moi aussi, j'en ai envie. Et si parfois j'ai le pouvoir de résister et de lui refuser, je n'en ai visiblement plus la force pour ce soir, alors autant ne plus lutter, parce que putain, je suis sincèrement fatigué de lutter. Langoureusement, je me laisse faire, comme une poupée de chiffon que l'on manierait à sa guise ─ ou bien tout juste comme un vulgaire sac de farine opaline, que l'on traînerait derrière soi, lascivement. Sa main serrée autour de mon poignet me remémore cet instant où c'était moi qui le faisais, qui le traînais dans cette ruelle sombre et infestée de fréquentations non propices à une petite étoile comme lui, beaucoup trop précieuse pour être violentée ainsi par des gars qu'il ne connaît même pas. Je voulais l'emmener vers les ténèbres d'une allée perdue, où rancunes et blessures rouvertes se sont durement heurtées ─ et lui ne fait au contraire que m'attirer vers la lumière, vers un endroit chaleureux, qui me rappelle bien trop de souvenirs plus heureux, des souvenirs où je ne connaissais pas exactement bien mais à peu près comme il le faut le vocabulaire de la joie, du bonheur, et de tous ces petits synonymes si rattachés et pourtant si distinctifs, au fond. Yuki me les montre, lui : il les refaçonne à sa manière, y laisse sa propre empreinte et les colore juste pour moi, juste pour m'apprendre un peu plus, un peu mieux ─ et quelque part, c'est mieux ainsi, c'est satisfaisant, tout bonnement plaisant à reconnaître petit à petit, pas à pas, au fur et à mesure.

Je n'ai pas réalisé où il m'avait traîné, et c'est avec torpeur que j'observe autour de moi, l'aveuglant rayon d'une lumière m'éblouissant l'espace d'un instant. Il fait meilleur où nous sommes, beaucoup moins froid, et je peux retrouver avec délice l'odeur caractéristique de Yuki qui imprègne les murs, les vêtements et les meubles de cette chambre, que je connais à peu près mieux que mon habituel briquet. C'est réconfortant, d'être ici, c'est tout à coup moins pénible. Paresseusement, je me laisse guider par cette main que j'aime tant, comme si j'étais l'esclave et que lui étais mon tortionnaire, mon geôlier. Je souris dans ma subite flegme, comme si j'avais un énorme coup de barre rien que de franchir la porte de cet appart, et je suis Yuki au pas.

Il m'ordonne silencieusement de m'asseoir sur son lit, voire même qu'il m'y force carrément, alors j'obtempère et attends mon jugement, la mine patiente. Je ne sais pas ce qu'il va faire, ni pourquoi il veut que je sois là, mais j'ai conscience que ma présence ─ autant dire fantomatique ou vampirique, pour la contradiction ─ pourrait l'aider à le rassurer, s'il craint un quelconque monstre sous le lit. Je ne bronche pas, et l'observe calmement s'approcher de moi, d'un regard concentré et définitivement sage, trop sage. Comme la dernière fois, il s’attelle à défaire les boutons de ma veste en tremblant de froid, l'exception cette fois-ci étant que je ne lui ai rien imposé de tout ça. Ses mains frêles glissent sur le tissu, m'en défait promptement et reviennent aussitôt me couvrir d'une couverture à laquelle je ne dis pas non, celle-ci recouvrant mes épaules trempées d'eau neigeuse. Quand enfin il disparaît de ma vision pour se positionner à mon dos, je tente de tourner la tête, juste pour capturer son regard d'ébène, exagérément doux, mais je n'y parviens pas. Quelque chose que je reconnais après mûre réflexion comme étant une serviette vient à la place frictionner ma chevelure blonde, dans des mouvements rassurants, bienveillants, comme une mère ferait à son enfant. Mes paupières se dérobent aussitôt sous ces gestes de douceur insoupçonnés, mon monde s'obscurcissant, mes. Je ne sais pas ce que Yukihiro est en train de faire ─ sûrement de me sécher les cheveux, tiens, mais je n'ai vraiment plus la force ni l'envie de répliquer et de faire mine de ne pas vouloir. J'aime quand il me fait ça, et je ne veux même plus lutter pour ce soir : trop tard, trop tard désormais que je suis là. Je n'y arriverais pas, ici.

« Laisse moi être avec toi, je veux te réchauffer. S’il te plait, reste. J'ai envie de veiller sur toi jusqu'à ce que tu t'endormes. » Mes yeux se rouvrent doucement à cette voix au timbre affectueux, comme si je venais tout juste de me déconnecter de la réalité, pendant un infime moment de béatitude. Ses mots ont un effet particulier sur moi, et j'en prends conscience lorsqu'une chaleur passagère irradie ma poitrine, comme si un petit quelque chose allait me priver de tout ce dont j'ai besoin pour respirer. Ma vie est vraiment pourrie, et la vie en générale l'est tout autant ─ mais s'il y a bien quelqu'un pour me débarrasser de ma misère quelques moments, quelques minutes ou encore quelques heures, c'est bel et bien Yuki, qui n'a vraisemblablement pas besoin de trop d'efforts pour y arriver. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai soudainement plus envie de partir d'ici, et même si tout ce qui s'est passé récemment voire encore plus loin dans ma vie sont retranscrits en moi comme des marques indélébiles, je ne peux pas dire non à Yuki après autant de rebondissements, après autant de temps à ne pas pouvoir le voir, à ne pas pouvoir savourer le satin de sa peau, ou tout simplement l'écouter parler pour ne rien dire, pour me raconter des choses insignifiantes et parfois même insensées.

« Qu'est-ce qui t'en empêches ? » Je murmure, d'une voix calme, douce, presque suave. Mon timbre de voix habituelle, la vraie sonorité ─ celle que l'on n'entend que trop peu, celle qui ne brise pas dans les octaves. « Je suis là, je disparaîtrais pas. J'vais pas m'envoler pour cette fois, sois en sûr. » Et puis je me mords la lèvre, par simple réflexe, avant d'interrompre ses gestes sur ma chevelure afin de me retourner, de capturer la vision de son visage inquiet et préoccupé. Je ne veux pas trop qu'il me prenne en pitié, après tout, et si je consens bien à le laisser s'occuper de moi pour ce soir, ça ne veut pas non plus dire que je resterais passif. « T'as pas trop mal ? » J'articule difficilement, les yeux presque clos. Je lui fais face en tailleur, mais je ne peux pas m'empêcher de le regarder un peu partout, afin de m'imprégner du mieux que je peux de son image, de son visage aux traits lisses, de ses imperfections séductrices, de ses lobes percés, de sa frange de jais, de sa cicatrice distinctive et, surtout, de ce bleu que je lui ai infligé plus tôt, à la seule force de mon poing hargneux et violent. Aussitôt, je pince son menton entre un pouce et un index, lui relevant le visage en douceur. « Tu veux vraiment veiller sur moi après ça ? » Et je rigole amusé, tout doucement, discrètement ─ comme un éclat brisé, secret.

Suoh Yukihiro» I ❤ Nishinaka
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Mar 2 Fév - 16:05
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You’re hidden in a place where I can’t see you

Je suis plus heureux qu’un gosse à noël, un alcoolique devant un verre plein, un chiot au retour de son maitre. Cette marche sous la neige m’a lavé de tout chagrin, seul ne compte à présent que ce gaillard assis sur le bord de mon matelas, enroulé grossièrement dans ma couette comme pour l’empêcher d’aller où que ce soit. Soigneusement, malgré mes membres fébriles et empressés, je frictionne le sommet de son crâne du tissu épais et doux de la serviette, absorbant au mieux la neige fondant sur ses mèches blondes. Cette proximité recouvrée me comble sans que je ne sache expliquer pourquoi, sincèrement je ne tiens pas à  en chercher la cause. Je suis trop abruti pour réfléchir, trop euphorique pour m’en soucier. Pour la première fois depuis un mois, j’ai l’impression d’être terrassé par une terrible fatigue, comme si brusquement, je reprenais conscience de mon corps oublié de longs jours durant, harassé par ces nuits blanches et agitées. Dans le même temps, je me sens plus vivant que jamais, à chaque fois que le souffle de Haku retentit faiblement dans la pièce.  

L’appartement est dans un sombre bordel. Le lit est défais et les rideaux tirés, l’air me semble vicié. Quelques vêtements trainent négligemment sur le sol tandis que le cadavre d’une tasse de café traine sur la commode. Je n’ai pas eu la force de faire un ménage convenable depuis des semaines, uniquement le simple minimum pour m’occuper, inonder mon esprit du ronflement sourd de l’aspirateur et arrêté de penser. Après des semaines de vacuité, cette chambre me semble tout à coup bien plus agréable. Je soupire presque d’aise en lançant un regard circulaire à la pièce, avant de le laisser reposer sur le cou pâle de Haku, légèrement dévoilé par ses vêtements. Mes mains se stoppent, demeurant posées sur le tissu humide, tandis que je détaille le grain laiteux de sa nuque. J’aime son cou, j’aime la fine cicatrice qui dépasse à peine de sous sa chemise, j’aime les mèches humides plaquées à sa peau, qui laisse ruisseler des gouttes glacées le long de son dos. Ce corps chaud et marqué qui m’a tant manqué, je voudrais le redécouvrir du bout des doigts. Cette fragrance de fumée et de tabac froid à laquelle j’ai fini par m’habituer, m’en enivrer jusqu’à en perdre la raison. Pourtant, je me contente de reprendre consciencieusement mes frictions, plus délicatement, massant avec attention sa chevelure, comme un tribut en remerciement pour la folle chevauchée qu’il m’a offert pour rentrer ici, une excuse pour mon aigreur du mois passé, une timide tentative de reprendre notre vie d’avant, quand mes mains tremblante parcourait son échine pour détendre ses raideurs douloureuses.

Je ne sais pas à quoi il pense, je ne suis pas totalement certain qu’il m’a pardonné, cette idée m’effraie. Peut-être aurait-il voulu partir, me laisser à cette porte et disparaître pour toujours, me sachant en sécurité loin de cette ruelle mal fréquentée. Il n’a pas réagit lorsque je lui ai imposé de rentrer, de s’asseoir ici. Il a gardé le visage fermé quand j’ai recouvert des épaules étroites de mon édredon. Il n’a pas esquivé mes attentions, et pourtant. Je sais que beaucoup de choses ont changé à cause de moi, quand j’aurais voulu que tout demeure immuable. Est-ce que je l’ai convaincu ? De rester avec moi, d’accepter que peut-être il n’est pas si mauvais. Me croit-il quand je lui promets qu’il me fait beaucoup plus de bien qu’il ne le croit ? A-t-il si mal en restant ici ? Cette culpabilité traitresse qui le ronge l’empêchera-t-il toujours d’accepter de vivre simplement ? Il manque de confiance, peut-être autant que moi, à la différence que moi, je crois en lui. Peut-être trop, peut-être que c’est de l’inconscience, mais au final, j’ai foi en mon jugement, je suis suffisamment heureux de le voir là, si près de moi, pour comprendre que c’est mieux ainsi. Personne ne peut me faire renoncer à ce délicieux sentiment, cette chaleur qui se propage entre mes côtes, malgré le froid qui me fait grelotter et la pression humide de mes vêtements trempés.

« Qu'est-ce qui t'en empêches ? » Demande-t-il, la voix étouffée par la serviette. Il est calme, et le soin de sa voix qui résonne pour la première fois depuis qu’on est arrivé ici est pour moi la plus languissante des mélodies. Personne, à part lui, ne m’en empêchera. Il est le seul à pouvoir s’extraire d’entre mes bras, mais pas de mes pensées. « Je suis là, je disparaîtrais pas. J'vais pas m'envoler pour cette fois, sois en sûr. » Je souris. S’il pouvait remplacer le « pas » par un plus, je serais comblé, mais je ne peux demander ça. J’ai beau m’y efforcer, j’ai du mal à chasser les pensées égoïstes de mon esprit, je le veux tellement auprès de moi. Ce désir incontrôlable qui palpite sous ma peau comme un vœu muet et inavouable. Il tourne la tête, me forçant à cesser mes gestes. Mes mains glissent mollement de son crâne, emportant dans leur chute la serviette qui claque faiblement sur ma cuisse. Il m’observe de ses pupilles perçantes. A la lumière, je redécouvre son visage que j’avais désespérément l’impression d’oublier. Ses traits délicats, ses sourcils un peu sombre en rapport à ses cheveux peroxydé. Ses yeux anthracites qui me fixent, toujours aussi profonds et impénétrables. Ses lèvres pâle et fine, légèrement retroussées, ses pommettes gommées par la rondeur de sa figure. La ligne nette de sa mâchoire et la courbe gracile de sa gorge. Ce visage dont j’aimerais imprimé chaque relief, chaque contour au bout de mes doigts, effleurer, sentir, découvrir, encore et encore pour ne jamais plus l’oublier. Si beau, si fin, tellement plus fin que le mien et ses traits grossiers et interminables.

Ses yeux se plissent délicatement, dissimulant derrière un mince rideau de cils ses prunelles sombres. « T'as pas trop mal ? » Je cille légèrement, surpris par la question. De quoi parle-t-il ? Sa main chaude vient agripper mon menton fuyant, étudiant ma face blanchie par le froid. Enfin, je comprends qu’il parle de cet hématome qui marque probablement mon épiderme, juste à l’aplomb de ma joue.  Instinctivement, mes doigts viennent effleurer la peau écorchée, imprimant une vive douleur qui irradie dans ma mâchoire. J’ai encore le vague goût du sang dans la bouche, là où la gencive éclaté, mais ça n’est rien, le liquide pourpre a cessé de s’écouler. Prisonnier de ses doigts, je le regarde sourire un peu en reprenant. « Tu veux vraiment veiller sur moi après ça ? » Je ris à mon tour, fermant brièvement les yeux en guise d’approbation. Il peut me frapper, encore et encore, si ça lui permet d’exprimer ce qu’il ressent. Je connais sa tendance agressive et violente, j’ai vu ce type se faire battre sans pitié aucune dans une ruelle isolée. Lui, il n’a pas eu la chance se sentir ensuite les douces mains d’Haku effleurer sa mâchoire défoncée par ses poings. C’est mon privilège à moi. Il a eu raison de me blesser, de remettre de l’ordre dans ma caboche toute en pagaille, de mettre en douleur le chagrin que je contenais depuis trop longtemps. Ce coup m’a fait du bien, m’a montré qu’il n’était pas si indifférent qu’il le prétend, qu’il avait besoin de me faire payer. Qu’il me frappe s’il pense que je le mérite, j’encaisserais et je grandirais, j’apprendrais à ne plus lui faire de mal.

« Tu t’en veux ? » Je demande d’une voix un peu lointaine, les yeux plantés dans les siens. « Tu ne dois pas Haku, je l’ai mérité. Ne me dis pas le contraire s’il te plait. » Je marque une pause, le défiant du regard de me contredire. Il aura beau dire, je pense sincèrement avoir été le roi des cons, le petit prince trop exigeant qui ne s’est pas soucié de son si précieux partenaire et de ses sentiments. Je n’ai pas envie qu’il me démente, je ne veux plus lutter contre lui ce soir. Cette nuit, plongeons dans l’oubli. Je ne dois plus songer qu’au bonheur de le retrouver, d’entendre sa voix et de sentir son odeur. Taquin, je lui acène un petit coup sur le bras dans l’espoir de détourner la conversation. « Ça ne fait pas si mal, je parie que tu t’es retenu ! Par contre, l’autre type, qu’est-ce qu’il a morflé, t’es incroyable ! J’aimerais savoir me battre comme toi, et imposer le respect aux gens que je côtoie. Si tu n’avais pas été là, je ne sais pas ce que je serais devenu… merci. » Je rigole un peu, la voix saccadée par le froid qui me ronge la peau. Une grimace étire mes traits alors que puérilement, ma langue s’extrait d’entre mes lèvres pour chercher vainement à atteindre le bleu sur ma joue. « Avec un peu de chance, ça laissera un cicatrice. Comme ça, tout le monde saura de qui je suis le petit homme. » Je conclu en m’échappe d’entre ses doigts avec regret. Frissonnant, je me lève et quitte ma position sur le matelas. D’un geste vif, je m’empare de la serviette et la laisse négligemment tomber sur le crâne de Haku, le privant de la vue. « Je vais me changer, j’ai beaucoup trop froid, alors regarde pas ! » J’annonce d’une voix enjouée en m’éloignant de quelques pas pour rejoindre l’armoire, de laquelle j’extrais un jogging un peu élimé et un sweat confortable. Titubant un peu, je me libère de mes vêtements détrempés et gelés, exposant mon épiderme transis à la tiédeur ambiante. Mon corps convulse tandis que j’enfile avec empressement ma tenue sèche, les yeux ancrés sur Haku, comme si je craignais qu’il est disparu lorsque ma tête émergerait du col de mon haut. Pourtant, il est toujours là et mon cœur se serre de soulagement. Il est vraiment là, ça n’est pas une illusion ou une bête rêve. Pour combien de temps, je n’en sais rien, mais il est revenu ce soir, c’est pour l’heure tout ce qui compte à mes yeux.

Légèrement plus réchauffé, je retourne à pas de loup vers le jeune homme, m’accroupissant en silence devant lui, admirant à nouveau cette figure délibérément aveuglé. A-t-il conscience de ma présence devant lui, je ne peux le deviner, je me contente de l’observer, le cœur gonflé d’un sentiment que je ne peux nommer. Hésitant, je tends une main vers la sienne, incertain de sa réaction. L’idée de le l’offusqué fait accélérer le muscle cardiaque dans mon thorax. Ce geste qui autrefois me semblait si naturel prend tout à coup des airs de audace inconsidérée. Je me stoppe à quelques millimètres de ses doigts, le dévisage en quête d’une improbable autorisation. Enfin, ma main fébrile s’enhardie à saisir la sienne, d’un geste presque brusque. Je me redresse pour revenir m’asseoir à côté de lui, sur le bord du lit, emprisonnant sa paume entre les deux miennes, savourant la chaleur et la friction de nos peaux. Je serre imperceptiblement, pressé de sentir sa chair palpiter sous la pulpe de mes  doigts. « Tu n’as pas triché ? » Je m’enquière en retirant délicatement la serviette de son visage pour retrouver la lueur de ses pupilles. « Si tu veux te changer, tu peux te servir dans mon armoire, tu vas tomber malade si tu restes trempé comme ça. » Quelle idée abjecte. Il est si précieux, il ne peut pas aller mal, il ne doit pas aller mal. La pensée qu’il n’ira peut-être jamais mieux, qu’il souffrira peut-être toujours, sans jamais trouver la paix et le bonheur me semble intolérable, pourtant si vraisemblable.

Je me mords l’intérieur des joues pour chasser cette idée angoissante. Dans le même temps, avant que le silence ne s’installe à nouveau, j’ai l’irrépressible besoin de lui poser une question. Il faut que je lui demande, si tout va redevenir comme avant, comme si ce mois de décembre n’avait jamais existé. Serons nous à nouveau… amis ? Ce qualificatif ne me semble pas adapté à notre relation, et pourtant je n’en trouve aucun autre. Comment décrire la complicité que je veux retrouver, le bien-être que sa présence me procure, et l’irrésistible nécessité que j’ai de l’avoir près de moi, de l’écouter parler, même peu, et d’humer son parfum âcre. « Haku ? Est-ce que tu me pardonnes ? Je ne serais heureux que si tu l’es aussi, mais si en plus tu peux être satisfait en restant auprès de moi, alors je serais un petit homme de plus comblé. » J’aimerais effacer le mois passé, l’oublier complètement, me réveiller demain en réalisant que ça n’était qu’un cauchemar, un vilain rêve qui n’a pas lieu d’être. Je veux qu'on recommencer sur des bases nouvelles et plus saine, tenir compte de ses terreurs, le rassurer si je peux. Ce n'est plus à lui de me couver en permanence. Je veux qu'il me parle s'il a des problèmes, l'aider à oublier ce qui le fait souffrir. Chasser nos égoïsmes respectifs.  Enfilant mes doigts entre les siens, je cherche mes mots, mais ne parvenant pas à exprimer ma pensée, j’abandonne. « Tu crois pas qu'on devrait essayer ? D'être heureux ensemble, de veiller l'un sur l'autre ? »


Kuronuma Haku» I ❤ Nishinaka
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How I feel : « J'aime son humanité, plus que tout : j'aime la finesse de ses traits, son parfum simple et l'idée que celui-ci imprègne mes vêtements. Son désir de ne pas m'enfoncer la tête sous l'eau, plus qu'elle ne l'est déjà, et ses grands yeux noirs, dardés d'innocence qui m'arrachent des mémoires ensevelies, aussi douloureuses que flatteuses. La façon dont il hausse timidement le ton, aussi, comme s'il craignait de m'intimider. La possessivité inexplicable qu'il a à mon égard, et surtout la sensation des lignes de sa main qui se marient aux miennes, parfois. Juste comme ça, juste nous deux, comme il ne faudrait pas. »
...

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Mer 10 Fév - 21:29
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Just trapped with you

En guise de réponse à ma question, je vois son visage aux traits lisses se déformer légèrement, pour adopter une expression rieuse en même temps que ses lèvres se rehaussent. J'arque un sourcil, l'observant silencieusement s'esclaffer, sans que ni lui ni moi n'esquissions le moindre geste. Il n'y a que le vide de cette pièce pour nous tenir compagnie, pour nous conforter dans l'étrange mais rassurante idée du calme après la tempête : pas un vide angoissant ou pénible à supporter, non ─ seulement un mutisme apaisant, une curieuse tranquillité dont on a tous deux besoin, sur le moment, et qu'il ne faut pas forcément chercher à chasser ─ pas maintenant, pas pour ce soir. Je sens que toute ma frustration s'est envolée avec les mots que j'ai pu lui hurler en pleine face, tout à l'heure, en même temps que cette rage qui me taraudait incessamment le cœur de le voir comme ça, de réaliser qu'il aurait pu se faire défigurer si je n'avais pas été là ─ et de contempler une fois de plus l'étendue de ma connerie qui déborde un peu trop dangereusement, parfois, sans même que je ne puisse envisager de la contrôler. Elle reviendra sans doute demain, cette haine infinie que je porte au monde entier, cette incompréhension permanente et tous ces petits sentiments secrets que je m'efforce parfois de ne pas dévoiler à Yuki ; mais pour le moment je veux oublier, je veux mettre ça de côté sans même avoir à recourir à l'alcool ou à d'autres substances plus funestes encore, plus nocives que jamais. Je veux profiter de le voir là, souriant sous mes yeux, heureux sans que je ne sache pourquoi, définitivement réel et présent à mes côtés, avec le satin de sa peau sous mes doigts et ce rire, que j'ai irrémédiablement pensé ne plus jamais réentendre. Ne pas faire appel à quelque chose de destructeur que je consomme tout de même sans cesse, parce qu'il y a infiniment plus mal encore : la drogue que j'ai nommé comme étant ses mains et son odeur, en plus de sa voix qui suffit à elle-même à extirper quelques-unes de mes idées noires.

« Tu t’en veux ? » Mes yeux rencontrent une nouvelle fois les siens, ceux-ci s'étant entre temps égaré dans la contemplation de cette charmante ecchymose. Aussi compliqué que cela puisse paraître, je n'ai pas le sentiment de m'en vouloir. Au contraire, je crois même que je ne le regrette pas. « Tu ne dois pas Haku, je l’ai mérité. Ne me dis pas le contraire s’il te plait. » Mon regard fouille dans ses pupilles, celles-ci tout à coup étrangement sincères, comme s'il n'accepterait définitivement pas une remise en question de ma part. Je ne dis rien, non, parce que ça ne servirait à rien et que quelque part, il a raison. Il l'a salement mérité, je ne peux pas dire le contraire. Ce coup que je lui ai porté au visage m'a fait du bien, m'a prouvé que je pouvais vraiment tout lui dire avec les gestes et pas avec la parole, sans doute jamais avec la parole. Je n'ai de toute façon jamais été très doué pour parler et m'exprimer avec les mots, parce que ça ne suffit malheureusement pas à retranscrire tout ce que j'ai sur le cœur ─ à démontrer ma haine, mon chagrin, ma frustration, mon irritabilité accumulée au bout de seulement quelques jours de solitude - et plus encore, mon amour, cette chose insensée et indomptable qui me ronge depuis toujours mais que je n'ai jamais su reconnaître en tant que tel. Yuki lui-même connaît bien ma nature tactile, ce tempérament que j'ai d'employer les gestes plutôt que d'utiliser de longues et enivrantes phrases qui ont le don de faire perdre la tête : juste car c'est surtout en sa présence qu'elle ressort, cette nature, qu'elle se manifeste intensément, péniblement, et que ce n'est que grâce à ça que j'ai pu le consoler, sans doute lui faire entrevoir un aspect du bonheur et entre temps, lui offrir une vision toute autre de ma personnalité.

Je le sens qui souhaite me taquiner à sa manière, tenter de détendre l'atmosphère qui pourrait lui paraître trop gênante. Sa voix repart de plus belle, comme si elle était pressée de combler le silence qui ne demande à chaque fois qu'à s'installer entre nous, mais il ne m'arrache tout de même pas à mon mutisme, ne parvient pas à dissiper cette étrange placidité qui vient de prendre place au sein de mon cœur. Mes yeux le dévisagent franchement, en quête d'encore plus de chose à admirer dans ce regard velouté et marbré de noir, tandis que mes doigts ne se défont pas non plus de leur prise : parce que je me plais, à pouvoir le toucher juste comme ça ─ même si c'est insignifiant, embarrassant de trop de proximité ou que ça paraît lointain, j'aime ça alors je ne cherche pas à cesser. « Ça ne fait pas si mal, je parie que tu t’es retenu ! Par contre, l’autre type, qu’est-ce qu’il a morflé, t’es incroyable ! J’aimerais savoir me battre comme toi, et imposer le respect aux gens que je côtoie. Si tu n’avais pas été là, je ne sais pas ce que je serais devenu… merci. » Il rit franchement, et je ne peux m'empêcher d'hausser un sourcil tellement ça paraît tout à coup être évocateur. Si je me suis retenu ? Je n'en sais rien, peut-être bien. Peut-être bien que sur le coup, j'aurais pu le tuer, j'aurais pu avoir l'impitoyable idée de lui ôter la vie, parce que je n'aime décidément pas qu'on touche à ce qui me tient à cœur ─ et ça, je l'ai compris, depuis le premier jour de la première réelle et poignante souffrance. Celle-là qui m'a transmise toute la haine que je porte, toute cette rancœur et, au final, toute cette peur refoulée d'engendrer de mes propres mains la mort, la mort que je voudrais bousiller jusqu'à ce qu'elle crève, elle aussi, jusqu'à ce qu'elle heurte ce doux et à la fois dur paradoxe qui a décidé du tournant de ma vie. « De rien, mon petit homme. » Et oui, peut-être bien que j'aurais pu tuer ce type, mais que je ne l'ai pas fait parce que je n'en avais pas la moindre envie : parce que je ne peux tout simplement pas penser à la mort sans qu'elle ne revienne me hanter, sans qu'elle ne me fasse tomber au plus bas ─ une inéluctable fois, sans qu'il n'y ai jamais de fin à tout cela. « Avec un peu de chance, ça laissera une cicatrice. Comme ça, tout le monde saura de qui je suis le petit homme. » Ces mots joueurs résonnent et font écho dans la boîte torturée de mon esprit, jusqu'à ce que je puisse enfin retrouver la réalité, absorbée par tous ces sombres songes dont j'ai tant l'habitude. Il parle de son bleu, et si je n'étais pas aussi détaché, j'aurais sans doute souri à ce geste et ces paroles idiotes. Il n'a pas idée de ce qu'il dit, car c'est totalement con : mais au moins il est con comme moi, il dit ce qu'il a sur le cœur et c'est peut-être bien ça, qui me charme chez ce gamin. Je voudrais penser qu'il n'est qu'à moi, qu'il m'appartient dès la minute où il a osé m'offrir ses premières larmes, son premier deuil, mais ce ne serait pas la vérité ; parce qu'après tout, qui suis-je pour dire que Yukihiro est ma possession ? Je le détruirais sûrement à moi tout seul, si je me vantais de pouvoir l'avoir rien que pour moi, voilà tout.

Sans que je ne comprenne tout à fait ce qu'il se passe, je le laisse sourire tout seul à sa propre bêtise, et le voilà qui s'enfuit d'entre mes doigts. Je ne cherche pas à le retenir et l'observe s'éloigner comme un enfant trop pressé, tandis que ma vision prend un tout autre tournant lorsque je sens un tissu me priver de son image et, accessoirement, de tout ce qui m'entoure. Alors ce petit con m'a vraiment pris pour sa corbeille, toute juste après avoir prétendu s'être occupé de moi. Je retiens. « Je vais me changer, j’ai beaucoup trop froid, alors regarde pas ! » Sa voix aiguë me parvient à travers la serviette, et je soupire, un sourire amusé scotché aux lèvres. Pas le moindre geste ne se veut d'esquissé, car je me sens tout simplement beaucoup trop amorphe pour penser à extirper cette serviette, juste pour n'en faire qu'à ma tête ─ seulement voilà, la tentation est toujours aussi alléchante et moi, c'est bien connu que je n'ai jamais su y résister. Je suis toujours tombé entre ses filets, j'ai en permanence senti son appel irrésistible et dorénavant, je ne cherche plus à m'extraire de sa toile illusoire et séductrice : parce qu'elle est beaucoup trop persuasive pour seulement essayer de lutter contre elle. Discrètement, je relève le tissu encombrant qui me prive de la vue, juste pour pouvoir espionner Yuki qui se fait un peu trop vilain à mon goût. Aussitôt, mes yeux croisent instinctivement son dos nu ─ parce qu'il n'est pas de face et ne peut pas me voir le mater impunément, encore heureux ─ et admirent presque librement le long de cette colonne vertébrale, saillante sous la cambrure qu'il effectue pour définitivement recouvrir ce dos jadis à découvert. Sans attendre, je replace malhonnêtement la serviette devant mes yeux, faisant mine de ne pas avoir bougé, la position qui se veut crédible. C'est sans doute une petite vengeance, après ce qu'il a osé entreprendre de faire son plein gré, la dernière fois où tout semblait aller si bien. En tout cas, je retiens cette délicieuse vision quelque part dans un coin de mon esprit ─ et aussi étrange que cela puisse paraître de penser ça, j'en ai rien à foutre sur le coup.

Je peux sans mal reconnaître le bruit de ses pas qui me parvient, juste à côté, et sa fragrance pluvieuse qui lui reste encore collée aux cheveux m'envahissant agréablement les sens tant j'aime ce parfum, qui me rappelle encore l'odeur de la mer. Le savoir près de moi comme ça m'électrise, me procure cet étrange sentiment d'irréalité, de rêve beaucoup trop invraisemblable pour être certain. Je commençais sincèrement à me dire que je devais faire une croix sur l'hypothèse de le revoir, de pouvoir couver de mon regard son visage et d'avoir le privilège de l'entrevoir dans ses jours heureux, dans son quotidien joyeux qui me fascine, tellement je me sens inconnu à toutes ces choses et à toute cette bonne humeur que pouvait me montrer Yuki, parfois. Avec lui, c'est comme découvrir un tas de choses tandis que je veux le protéger, le garder loin de toutes les horreurs du monde : mais le dilemme est toujours le même, toujours aussi incessant ─ suis-je finalement de ceux qui risqueraient de le blesser, de lui faire encore plus de mal qu'il n'en a éprouvé, peu importe la solution employée par la vie ou encore moi-même ? Je suis de ceux qui ont la peau terne et fantomatique, les traits tirés et le regard éteint, de ceux qui se délavent de jour en jour, qui ont du mal à s'entendre penser. Mais suis-je de ceux qui peuvent rendre un autre être humain heureux ? Pourrais-je vraiment en avoir la possibilité ? C'est ce que je me demande, quand je suis avec Yuki. Sans un mot, je le sens se rapprocher de moi, alors que je lui laisse le libre arbitre pour cette fois. Je sais qu'il veut agir, j'en ai l'inflexible sentiment au plus profond de moi, mais je ne veux pas chercher à lui imposer quoi que ce soit, pas à ce petit con bien trop tentant par moment.

Son souffle qui se répercute entre les murs de cette chambre épouse la cadence du mien, et c'est quand je sens une poigne chaude et tout à coup réconfortante que je manifeste un  inaudible soupir d'aise, les traits de mon visage dissimulé se détendant à ce contact. C'est une intimité que je n'avais pas eu le loisir de savourer depuis maintenant longtemps, parce que je n'ai fait que me saisir de son poignet, dans cette allée sombre, et guère de cette main qui réussit sans aucun mal à accélérer un peu plus le rythme de mon cœur souffrant. Ses doigts dans les miens, c'est la meilleure sensation du monde, et je me sens davantage vivant de le sentir resserrer notre échange, pour venir se redresser et prendre place à mes côtés. C'est tout ce dont j'avais besoin pour clôturer mon mal-être, celui qui ne resurgira sans doute que plus tard, pour recommencer à me tourmenter et à m'immoler la peau d'idées négatives. Pourtant, le sentiment de pouvoir en être débarrassé même pour un temps limité me conforte dans l'idée que Yuki est le meilleur des médicaments, même quand il est en faute et qu'il me rend salement addict. Tout n'est que contradictions, que je me surprends à aimer plus que tout, autant que je les déteste de me faire subir de telles incompréhensions, par moment. « Tu n’as pas triché ? » Demande-t-il en s'asseyant près de moi, comme s'il désirait s'assurer que je n'avais pas agi en tant que l'indomptable que je suis. Je souris silencieusement, tandis qu'il ôte finalement ce voile pénible de ma vision, pour me réaccorder cette tendre permission de pouvoir le contempler, l'entrelacement de nos mains m'ayant d'ores et déjà fait quitté la réalité bien trop ardue. La vie est un jeu auquel il faut tricher, si on veut en ressortir vivant - et peut-être bien vainqueur. « Si tu veux te changer, tu peux te servir dans mon armoire, tu vas tomber malade si tu restes trempé comme ça. » Mais ce qu'il ne sait sans doute pas, c'est que je suis déjà malade. Malade d'une vie trop laborieuse, d'une absence trop prolongée, d'une flamme qui ne s'éteint jamais ─ malade de trop de paradoxes, de trop de complications, malade d'addictions, atteint de folie, insomniaque né pour ne pas rêver. Il y a bien trop de maux pour penser à tous les guérir. « Faut tricher dans la vie, retiens-le bien Yuki. » Je l'avertis, parce qu'après tout c'est vrai ─ et mes yeux s'abreuvent encore et encore de sa présence, de son essence que je crains à tout moment de voir disparaître, de perdre de vue en réalisant que tout n'est que mirage. Je lui adresse un petit clin d’œil, taquin, parce que je sais bien que si je ne lui tends pas la main, il ne décèlera pas de lui-même le sous-entendu. Son attrait réside dans son innocence, qu'il ne peut décidément pas contrer à l'aide d'un prétendu anniversaire.

Sans parler plus que ça, je lui cède un peu de la chaleur de ma paume, comme je ne l'ai presque jamais fait avec personne d'autre. Me parler est une chose, prendre ma main en est une autre, à mes yeux. « Haku ? Est-ce que tu me pardonnes ? Je ne serais heureux que si tu l’es aussi, mais si en plus tu peux être satisfait en restant auprès de moi, alors je serais un petit homme de plus comblé. » Je fronce doucement les sourcils à cette question, comme s'il me faisait tout à coup réaliser. Tout ce qu'il s'est passé le mois dernier n'a jamais été de sa faute, seulement de la mienne, alors pourquoi me demander de lui pardonner ? Parce qu'il juge que ses mots ont été durs, impitoyables, absolument atroces à devoir supporter ? Peut-être bien. Encore une fois, je ne sais pas, parce que certaines choses m'ont atteint, tandis que d'autres n'ont fait que confirmer ce que je pensais. Moi, je ne suis heureux que si lui l'est, et ça ne peut pas fonctionner à l'inverse : parce que seul lui a le pouvoir de me faire sourire d'un sentiment encore trop peu apprivoisé, que j'apprends un peu plus à redécouvrir, au fil des jours ─ juste avec lui, et avec personne d'autre. Oui, je lui pardonne s'il le faut, si cela suffit à ne pas l'inquiéter - et l'envie de l'avoir à mes côtés est mutuelle, mais je souhaite également m'assurer qu'il ira bien, qu'il sera heureux pour encore longtemps, rien qu'un peu plus serein pour son avenir. Je ne veux pas être le déclencheur de ses maux, pas moi ─ pas encore une fois, pas pour une autre personne qui me tient à cœur.

« Tu crois pas qu'on devrait essayer ? D'être heureux ensemble, de veiller l'un sur l'autre ? » Mes orbes rencontrent les siennes, soudainement plus douces, emplies d'une plénitude qui ne me sied guère en temps normal. Essayer d'être heureux ? Si, je l'ai toujours fait, j'ai toujours cherché à accéder à cette chose si infime et illusoire qu'est le bonheur. Lui a d'ores et déjà réussi à me faire entrevoir pour quelques instants cette rare ivresse, qui ne résulte cette fois pas d'une cuite viciée mais bel et bien de moments passés ensemble, à chercher à se comprendre et, au final, à ne faire qu'à se méconnaître. Mais c'est tout juste beau comme ça, alors je ne force pas. « Si.. » chuchoté-je, presque à voix basse, de peur de rompre la quiétude ambiante. Comme si j'étais sur le point de lui révéler un secret, je m'approche doucement de lui, mes doigts s'entremêlant mieux aux siens. « Si, je veux essayer avec toi.. Mais c'est dangereux, et tu le sais, petit homme naïf. » Je ris à mon tour, presque désinvolte de toute entreprise, et cherche fixement son regard, comme pour m'y ancrer et cesser de m'en échapper. Sans doute que je ne tiendrai pas le même discours demain, mais la fatigue et tous les événements accumulés font que je ne cherche plus à lutter et à être celui que j'ai toujours été pour ce soir. C'est un concept sans doute difficile à saisir, mais moi même je ne parviens pas à me comprendre.

Dans le même temps, je soulève  fébrilement et un court instant nos deux mains, frottant ma paume contre la sienne de sorte à ce que mes doigts reviennent se nouer aux siens, impatients de chaleur humaine. Je l'apprécie, ce contact, parce que ça me donne des frissons comme personne ne peut le faire, et je suis quasiment sûr que ce n'est pas à cause de la température froide de ce mois de neige. Dicté par ma raison, mes doigts glissent contre sa paume et renversent sa poigne à l'envers, de sorte à m'offrir le dos de sa main. Sondant son regard de jais brillant, sans forcément attendre un quelconque avis ou une seule remarque, je m'attelle à venir déposer une marque silencieuse sur ses phalanges repliées, un baiser au goût d'enfance qui serpente, sans doute un des plus sincères qui m'ait été donné d'offrir. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est comme un besoin viscéral, une envie étanche d'embrasser directement sa drogue et de dire tant pis à tout ce qui m'entoure, pour m'enivrer inlassablement et oublier le reste, effacer la peine et accepter ce sentiment de liberté. Toujours aussi piètrement, mes lèvres quittent ensuite ses doigts après cette délicate attention, mon regard dardant le sien de mille et une réflexions. Rien que ses yeux posés sur moi arrivent à faire battre mon cœur sereinement, guère plus violemment que ça, et je ne comprends vraiment plus ce qu'il m'arrive, en prenant conscience de ce que je viens de faire.

Je l'observe encore un instant, avant de détourner le regard et de me glisser au centre du lit, comme un gosse sur le point d'aller se coucher. Au lieu de ça, j'entraîne dans le même temps Yuki avec moi ; sans lui demander son avis, une fois de plus. Je fais l'effort de me placer en tailleur, chassant mes cheveux qui me retombent devant les yeux, et j'attire ainsi le garçon dos contre moi, emprisonnant sa taille de mes mains. Sa fragrance me parvient bien vite, et je m'en enivre un court moment, soufflant ces quelques mots au creux de son cou à découvert. « Tes cheveux ont poussé ? Ça te va bien. » Je m'enquis, mon regard étrangement somnolent lorgnant tantôt ses cheveux humides, tantôt sa nuque que j'ai à mon tour l'occasion de découvrir. Je l'avais déjà remarqué plus tôt, mais sans doute que je n'y ai pas prêté la même attention qu'à l'instant. En douceur, comme si j'avais la crainte qu'il ne se brise sous mes doigts, je joins mes mains et raffermis ma prise sur son ventre, accentuant notre étreinte que je sais interdite. Je soupire contre lui, mes pensées en vrac, mon désir de le serrer et de ne plus me séparer de cette proximité m'entraînant sur des chemins presque ensorcelants. « J'ai l'impression que j'vais flancher à tout instant tellement je suis crevé. » Et cette fois pas bourré, me dira-t-il, mais on ne se refait pas. Non ?

Suoh Yukihiro» I ❤ Nishinaka
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Jeu 11 Fév - 19:05
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You’re hidden in a place where I can’t see you

Je voudrais me perdre dans l’océan gris et tourmenté de ses yeux, comme ce jour-là sur la plage balayée par les vents, seul au monde, main dans la main avec Haku. Cette même main que je serre entre la mienne comme jamais je n’ai serré quoi que ce soit, terrorisé à l’idée qu’elle ne s’échappe à cette étreinte, que sa chaleur délicieuse cesse de brûler mon épiderme si froid. J’ai besoin de cette peau douce et enveloppante, de ces prunelles ternes et insondable, pour me maintenir à flot dans cette vie trop compliquée à comprendre pour un gosse comme moi. Ma peau réagit sous son regard, mes cheveux s’en hérisseraient presque s’ils n’étaient pas plaqués contre mon front, voilant presque mes yeux sombres. Je veux rester toujours comme ça, c’est un besoin, une prière silencieuse. Le voir ici me fait l’effet d’une première inspiration après une apnée forcée, une strangulation douloureuse qui a durée un mois. Je ne sais plus dire si je tremble de froid ou de fébrilité, simplement l’odeur crasseuse de la ruelle s’étendue enfin pour ne laisser qu’un parfum que j’ai tant détesté et tant regretté. Celui du garçon aux cheveux pâles qui se trouve face moi.

« Faut tricher dans la vie, retiens-le bien Yuki. » Je rigole intérieurement mais ne relève pas. Je me doute un peu qu’il a contourné mon interdiction, j’ai eu le sentiment de sentir ses yeux brûlants posés sur ma nuque. Ce n’était qu’une impression, mais le clin d’œil qu’il m’adresse me conforte rapidement de ma supposition. L’idée qu’il ait pu me voir torse nu me fait rougir furieusement, mon menton vient rencontrer la naissance de mon cou lorsque je baisse les yeux pour dissimuler mon embarras. Cette fausse pudeur cacherait presque difficilement le petit picotement de plaisir qui me parcourt sans que je ne sache l’expliquer. C’est juste automatique, terriblement agréable, irradiant depuis ma cage thoracique pour gagner le reste de mon corps. Je voudrais qu’il me dise qu’il restera maintenant, qu’il ne sera plus jamais loin. On ira encore à la mer ensemble, on s’en foutra des gens, de ses défauts à lui, des miens aussi. On emmerdera mes parents et cette société de con, les morts comme les vivants. On oubliera les suicidés, les enterrés, ceux qui nous ont laissé, qui peut-être au final nous ont malgré eux rapprochés. Je garderais ma main dans la sienne. Je n’ai besoin de rien d’autre.

Il me fixe, et mon cœur bat plus fort encore contre mes côtes. J’ai besoin de sa réponse, j’ai peur de l’entendre. Quand un souffle s’échappe d’entre ses lèvres, je suis incapable de réaliser qu’il vient d’approuver. Mes mains se resserrent inconsciemment autour de ses longs doigts blancs. J’ouvre la bouche dans le vain espoir de le faire répéter, mais il ne m’en laisse pas le temps. Ses phalanges se nouent d’avantage autour des miennes, son regard croise le mien. « Si, je veux essayer avec toi.. Mais c'est dangereux, et tu le sais, petit homme naïf. » Un immense sourire étire mes lèvres à ses mots. J’aurais pu me remettre à pleurer si je n’avais pas promis de ne plus le faire. Aussi je me mords les joues avec force pour refouler ce soulagement trop intense pour être contenu dans un seul corps. Le danger, j’en ris. Pour une fois je veux avoir le courage de lui faire face et de le surmonter. Je veux être fort pour mériter Haku, sa chaleur et ses yeux pâles. Si ces mots pouvaient résonner encore, chaque jour, à chaque second. Je ne peux ignorer sa nature. Je le sais lunatique et indécis, soumis à ses émotions. Il est probablement fatigué, las, je ne sais pas ce qu’il a bu ou fumé avant que je ne le retrouve dans l’obscurité des bas-fonds. Même si intimement, je pense sincèrement qu’il est sobre. Je devrais apprendre à faire avec ses sauts d’humeurs, ses contradictions, pour éviter qu’à l’avenir je ne le blesse en faisant passer mes propres envies avant les siennes. « J’ai pas peur, je suis un homme. » J’ai assez vécu en me cachant derrière mes parents ou mon frère. Pour une fois dans ma vie, j’ai envie d’aller au devant des choses, même si c’est risqué comme le dit Haku. Je veux bien le croire, il n’est pas la meilleure fréquentation possible, mais dans le fond ça n’a pas d’importance. Je suis prêt à tout oser si cela peut me permettre de rester auprès de lui. Ça ne sera probablement pas simple, mais pour une fois un peu de complexité pourra peut-être rendre ma vie moins monotone. Elle n’a jamais été aussi passionnante que depuis que ce garçon en a pris part.

Sa main s’empare plus franchement de la mienne alors qu’il les soulève toutes les deux jusqu'au niveau de notre poitrine. Sa peau réchauffe la mienne et je retrouve avec délice le satin souple de son épiderme, la caresse rugueuse de ses doigts un peu âpres, abimé par la vie. Mon regard passe fébrilement de ses yeux à nos doigts liés, dans l’attente de quelque chose, le bras mou et totalement abandonné à Haku. Mes jointures sont encore rougies par le froid de l’extérieur, mais qu’importe, sa tiédeur presque brûlante par contraste me fait un bien fou. D’un geste vif, ses doigts abandonnent les miens pour glisser le long de ma paume, avant qu’il ne saisisse mon poignet pour me forcer à retourner la main en pronation. Je me tends un peu, ne sachant ce qu’il prévoit de faire et mes yeux un peu inquiets cherchent à croiser les siens en vain. Il approche le dos de ma main vers son visage, me laissant bientôt sentir son souffle bouillant sur mon épiderme hypersensible. Ses lèvres se déposent délicatement sur mes phalanges et mon poing fait immédiatement mine se de serrer au contact inattendu. Mon corps tout entier est secoué d’un violent frisson en redécouvrant sur ma peau la douceur incomparable de sa bouche. Pendant un laps de temps interminable et pourtant bien trop rapide à mon goût, il dépose sur ma peau pâle le plus délicieux de baiser, avant de reposer sur moi son regard anthracite. Je le soutiens, un peu béat, jusqu’à ce qu’il ne brise le contact, se rejetant en arrière pour s’installer parmi les draps. Dans le même temps, il agrippe le cadavre éperdu qu’il a fait de moi, me forçant d’un geste empressé à m’approche à mon tour. Ses bras encercle mes flancs pour venir se rejoindre devant moi, me faisant prisonnier de son étreinte. Il me tire vers lui, et je me retrouve bientôt assis entre ses jambes placées en tailleur. Son souffle caresse agréablement ma nuque, m’arrachant un énième frisson. Je suis raide comme un vulgaire piquet, comme paniqué par la soudaine proximité qui nous lie. Je ne m’y attendais pas. Il serait grossier et inexact de dire que cela me déplait, mais Yuki reste Yuki, et ma gêne reprend le pas sur le reste. J’ai pris trop de liberté avant ce fameux matin de décembre. A force de me croire tout acquis, j’ai fini par me comporter comme un égoïste. En ce moment cependant, c’est bien Haku qui prend l’initiative de me témoigner une certaine affection, et cela bouleverse mes résolutions. Je le croyais retissant à l’idée d’un rapprochement trop poussé entre nous deux. Un long soupir s’échappe d’entre mes lèvres, et mes yeux se ferment à demi, savourant la chaleur qui émane de son corps tout près du mien. Je n’ai pas envie de réfléchir à ça ce soir, ça ne me mènera à rien.

« Tes cheveux ont poussé ? Ça te va bien. » L’une de mes mains monte directement jusqu’à mon front pour le dégager des mèches détrempées et trop longues qui glissent jusqu’à mes yeux. Ils ont poussés oui, comme une preuve de la négligence dont j’ai fait preuve le mois passé. « Tu crois ? Ils sont trop longs je trouve, je devrais réarranger ma coupe. » Je rigole, tout simplement content d’échanger une discussion insignifiante avec Haku. Ses bras se resserrent un peu plus autour de mon ventre, et je me laisse lentement choir en arrière, laissant reposer mon dos contre son torse. L’arrière de mon crâne vient reposer sur le sommet de son épaule, mon regard se portant sur sa tempe, la courbe de son nez, le relief rosé de ses lèvres. L’aplomb si fin de sa mâchoire m’attire plus que de raison. D’une main un peu hésitante, je viens l’effleurer sur le côté opposé de son visage, traçant du bout des doigts la ligne impeccable qui surplombe sa gorge si blanche. Au hasard, je remonte sur sa joue, caresse sa pommette saillante et encore froide. Mon bras retombe et ma paume vient s’immiscer entre les siennes. Le cou tendu, je viens déposer un léger baiser sur la naissance de sa mâchoire, avant de retomber sur son épaule en souriant bêtement, comme si je venais de réaliser une bonne fois pour tout qu’il était là, bien réel sous la pulpe de mes doigts livides. « Tu sais ce qui t’irais bien à toi ? Les cheveux sombres, bruns. J’aimerais voir leur couleur naturelle. Quelque chose qui se démarque bien de ta peau. » Je déclare, comme si je réfléchissais à haute voix. « Enfin, je ne dis pas que tu n’es pas beau avec les cheveux blonds ! Juste que ça changerait. De toute façon tout te va, c’est agaçant à la longue. » Un petit rire s’échappe d’entre mes joues alors que je lui donne un léger coup de crâne dans la tempe. Oui, il serait toujours désespérément beau, quoi qu’il fasse. Même avec ses doigts encore rougit par le sang et les lèvres abimées par le froid.

« J'ai l'impression que j'vais flancher à tout instant tellement je suis crevé. »

A ses mots, je me redresse, m’arrachant avec un certain regret à mon confortable support. Je me retourne pour lui faire face et détail sa figure tirée. La soirée a été longue, et je ne peux cacher être moi-même épuisé. Je souris, détachant avec précaution la poigne qui me retient et je viens m’agenouiller devant lui. « On est tout les deux fatigués je pense. Ne bouge pas. » Je saute hors du lit pour rejoindre le placard une fois de plus et en tire un nouveau pull et un bandeau éponge, avant de revenir me placer sur mes tibias devant Haku qui n’a pas bougé. « Tu ne peux pas dormir mouillé, je ne te laisserais pas être malade. Tu vas écouter bien sagement Yukihiro-sama et me laisser te mettre ce pull. Mais moi je suis honnête, je ne tricherais pas. » Disant cela, je place le bandeau sur mon front et avant de l’ajuster sur mes yeux, m’aveuglant complètement. Je ne peux m’empêcher de sentir mes joues rosir en pensant à ce que je vais faire, mais intérieurement j’en ris. Lentement, de mes doigts très froids, je viens saisir le col de la chemise de Haku et commence laborieusement à en défaire les boutons un à un. Privé de la vue, ça n’est pas facile, mais en admettant que je n’ai pas ce bandeau sur les paupières, mes tremblement d’embarra me rendrait plus inefficace encore. Enfin, j’atteins le bas du vêtement. Taquin, j’appose mes paumes gelées sur ses épaules pour la faire glisser et l’en débarrasser. Une fois la chemise retirée, je tâtonne autour de moi pour récupérer le pull sec, et passe encore quelques secondes supplémentaires à trouver le col. Une fois le sens du vêtement repéré, je tends une main aveugle à la recherche de sa tête. Après quelque tentative infructueuse, mes doigts finissent enfin par s’enfoncer dans la masse humide de ses cheveux. Je souris et passe le col autour du coup de Haku. Toujours du plat de la paume, je longe sa carotide palpitante, remonte le long de sa clavicule pour replonger jusqu’à son poignet avant d’enfiler le bras maigre dans la manche, réitérant l’opération de l’autre côté. Une fois le pull en place sur son dos, j’éclate d’un rire nerveux et ôte le bandeau, les joues cramoisies.

« Et maintenant, tu te couches. » J’ordonne en appuyant délicatement sur ses épaules pour le forcer à tomber en arrière dans l’oreiller, avant de ramener la couette défaite sur ses jambes, jusqu’à son diaphragme, lissant avec application autour de lui, comme ma mère le faisait quand j’étais gosse. Satisfait de mon travail, je m’agenouille à côté de lui, le contemplant, étendu dans les draps, la figure auréolée de ses cheveux blonds. « T’es beau comme ça Haku. »
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Aujourd'hui à 20:31
     
 
Kill me, Heal me ••• Ft Haku
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